Piégée

Texte initialement publié sur Wattpad le 3 décembre 2019.
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Couverture Piégée
Couverture Piégée – Calendrier de l’avent 2019

Samedi 7 décembre.

Cher Journal,
Aujourd’hui a été la pire journée de toute ma vie.
Déjà, il neige. Encore. Comme tous les jours depuis que je suis née. En tous cas, c’est l’impression que me fait toujours l’hiver. Parfois, j’ai l’impression de n’avoir jamais connu d’été. C’est idiot, bien sûr. Je me souviens qu’il y a six mois, c’était l’été, et puis il y a les photos sur la cheminée, toutes n’ont pas été prise sous une épaisse couche de neige. Même si elles sont majoritaires, faut bien l’avouer. En même temps, maman et papa A-DO-RENT l’hiver, même si j’ai jamais compris pourquoi.

Enfin, je m’égare.
Aujourd’hui, j’ai vécu un enfer. Je t’explique. Depuis la primaire je fais une toute petite, légère, fixette sur Visha, la fille du maréchal-ferrant. Je sais que c’est bizarre, aucune de mes copines n’a jamais dit qu’un truc pareil lui était arrivé. Mais j’y peux rien, elle me plaît et c’est tout.
Enfin, comme je ne peux pas trop le montrer, parce que mes parents me dépeceraient vive, je crois, je suis sortie pendant un an avec Akal, le fils du boulanger. On s’entendait bien, mais quand on s’embrassait, j’imaginais presque à chaque fois que c’était Visha que je serrais dans mes bras. Je crois qu’il a fini par comprendre qu’un truc ne tournait pas rond, parce qu’il y a une semaine, il m’a larguée, et depuis on ne s’est plus trop parlé.

Sauf que ce matin, alors que je venais de terminer mes corvées, il est venu me chercher à la ferme. Il m’a dit qu’on se réunissait tous et on est partis ensemble vers le QG.
Sur le chemin, il m’a pris la main et on est arrivé là-bas comme si on ne s’était pas quitté une semaine avant.
Sur place, il y avait déjà tout le monde. Ari et Cash, les jumeaux du pasteur, Yarine, la fille d’un berger, Suz et Jock, qui se marieront l’année prochaine, dés qu’ils seront majeurs, Saïz, le frère aîné de Visha, et Visha, forcément. À nous neuf, nous sommes la future génération. Bon, il y a aussi quelques petits au village, mais s’ils ont moins de 12 ans, on ne les laisse pas traîner avec nous. D’ailleurs, ils ont créé leur propre clan, je crois bien.

En arrivant, j’ai compris qu’il se tramait quelque chose. J’ai eu peur un instant que quelqu’un ait découvert mon secret, mais j’ai toujours fais attention à bien le cacher, je ne vois pas comment ils auraient pu deviner.
On s’est assis en cercle, sur de vieilles caisses que nous avons apportées là il y a plusieurs mois, et Cash s’est levé. Il a parlé pendant une éternité, si bien qu’à un moment mon ventre à gargouillé tellement fort que tout le monde s’est mis à rire. Moi, j’en menais pas large, surtout que ça s’est passé précisément à un moment où je regardais Visha en douce. Sauf que le discours de Cash était tellement soporifique qu’il est possible que je l’ai regardée pendant longtemps. Je me rappelle plus vraiment, j’étais comme anesthésiée par ses paroles.
Il semblait trouver ce qu’il racontait hyper important, mais, moi, je n’y ai rien relevé de crucial. Il parlait de la neige, des moutons et du ciel qui se couvrait. Qu’est-ce qu’on en a à faire, franchement ? En observant Visha, pourtant, j’ai remarqué qu’elle avait l’air soucieux, et quand on a, enfin, fait une pause, j’ai été lui parler. Je lui ai demandé si elle allait bien et ce qui l’inquiétait autant. Elle a eu l’air surprise que quelqu’un l’ai remarqué. Je sais qu’elle sort avec Cash depuis pas longtemps. Elle a cédé après qu’il lui ait fait du rentre-dedans pendant des mois. Mais je ne crois pas qu’il la comprenne très bien. Moi, j’essaie de me rapprocher d’elle depuis des années, et je crois qu’on peut dire qu’on est devenue amies, à force. Malgré ça, elle reste super discrète, elle ne parle jamais de Cash, ni même de son père (Sa mère est morte en la mettant au monde. C’est horrible. Je suis sûre qu’avec son caractère, elle se sent responsable). Du coup, je crois qu’elle est surprise quand je découvre des choses sur elle de moi-même. Elle ne donne vraiment pas beaucoup d’indices. D’un coté, j’aime bien ça, son côté mystérieux, mais en même temps, j’aimerais bien qu’elle se livre plus facilement, surtout à moi.

Enfin, vu que j’avais vu que quelque chose n’allait pas, elle m’a entraînée dehors et s’est mise à me parler. Elle m’a confié que Cash était très inquiet et que, du coup, elle s’inquiétait pour lui. Je lui ai demandé pourquoi. Après tout, c’est lui qui lui avait couru après, s’il devenait insupportable, elle n’avait qu’à le larguer.
J’aurais mieux fait de me taire.
Elle m’a regardé comme si j’étais une criminelle ou je ne sais quoi. Puis elle est retournée à l’intérieur. Avant de passer la porte elle s’est retournée et elle m’a lâché « Je ne suis pas une traînée, moi. Si je sors avec un garçon, c’est que je suis prête à me marier avec lui quand je serais adulte. »
Je l’ai pris directement pour moi. Elle sait que je ne suis plus avec Akal.
Elle doit s’imaginer qu’on a fait plus que s’embrasser dans la grange de mes parents et que je ne trouverai jamais de mari parce que je ne suis plus pure.

Je l’aime vraiment beaucoup, mais ça, j’ai pas du tout apprécié. Du coup, j’ai été distante avec elle toute la journée, et on n’a pas arrêté de s’envoyer des vacheries.
Non seulement elle ne m’aimera jamais, mais maintenant, je me dis qu’on est peut-être même plus amies.
Quelle journée horrible.

Samedi 7 décembre

Cher Journal,
C’est très bizarre ce qui s’est passé aujourd’hui.
J’ai l’impression d’avoir déjà vécu cette journée. C’est impossible, pas vrai ?
Je voudrais te raconter, mais je suis trop fatiguée, cette impression ne m’a pas quittée depuis le matin et j’y ai beaucoup réfléchis, seule, ce soir. Du coup, il est tard et je suis fatiguée. Je te raconterais demain.

Samedi 7 décembre

C’est plus juste une impression, là… Je viens de vérifier les dernières pages que j’ai écrites et elles sont toutes datées du samedi 7 décembre. Qu’est-ce qui se passe ? Je revis la même journée en boucle !!

Samedi 7 décembre

Aujourd’hui, j’ai essayé de changer le cours du destin. J’ai expédié mes corvées avant 10 h et je me suis rendue seule au QG. Là, je me suis cachée et j’ai attendu. À 11 h 30 ils étaient tous arrivés. Ari a demandé à Akal où j’étais et celui-ci à répondu qu’il ne m’avait pas trouvée et qu’il avait laissé un message à mon intention à ma mère.
Bon, ça au moins, c’est nouveau.
Après, j’ai écouté le discours depuis l’extérieur. J’ai eu super froid, mais j’ai pu remarquer, qu’à part mon absence, tout avait été parfaitement identique.

Je dois t’avouer, Cher Journal que j’ai un peu peur.

Samedi 7 décembre

Le cauchemar ne s’arrêtera t-il jamais ?
Aujourd’hui, j’ai rué dans les brancards, comme dirait mon père. Je me suis rendue seule à la réunion et, quand Cash a commencé à parler, je l’ai interrompu. J’ai demandé aux autres si ça ne les embêtaient pas de revivre en boucle cette même journée. Ils ont tous eu l’air de tomber des nues. Sérieusement, comment peuvent-ils ne pas s’en souvenir ? Pour preuve de ce que j’avançais, j’ai fait le discours à la place de Cash. Il aurait pu avoir l’air étonné, mais non. Ce crétin m’a sauté dessus dés que j’ai eu fini, ravi que quelqu’un d’autres ait remarqué les problèmes qui n’existent que dans sa tête.
Alors qu’il encensait mon incroyable esprit, l’intelligence qu’il n’avait jusque-là jamais vue briller dans mes yeux, j’ai entraperçu le regard que m’a lancé Visha. Elle avait l’air furieuse.
Peu après j’ai enfin réussi à me débarrasser de cet enquiquineur et je me suis précipitée dans la direction qu’avait prise Visha. Quand je l’ai rattrapée elle n’a rien dit, mais je voyais qu’elle bouillait. Je lui ai carrément dit que son copain était un débile. J’ai tout fait pour qu’elle comprenne qu’il ne m’intéressait pas, mais elle m’a cloué le bec quand elle s’est énervée et qu’elle m’a traitée de pute. Je n’avais même jamais imaginé que sa jolie bouche puisse prononcer un tel mot. Et surtout pas qu’elle me le destinerait.

Je me console en me disant que demain elle ne s’en souviendra pas. Sauf que moi, je vais mettre longtemps à l’oublier. Et si Visha ne m’aimait pas, en fait ? Pas même comme une amie ? Je crois que j’en mourrais.

Samedi 7 décembre – le dixième

Cher Journal,
Oui, j’ai décidé de compter les samedis à partir de maintenant. Sinon, moi aussi, je vais commencer à les oublier.

Ces quatre derniers jours, j’ai essayé plusieurs choses. Fallait que je vérifie que le village en entier ne me faisait pas une mauvaise blague.
Déjà, j’ai arrêté de faire mes corvées. Je me prends un savon tous les soirs, mais quelle importance ?

Ensuite, je fais la tournée des chaumières et j’écoute ce qui se dit à travers les portes. Même s’ils veulent me faire une sale farce, je ne peux pas croire que les villageois se répéteraient en boucle les mêmes salades jour après jour, surtout quand ils se pensent seuls. Sauf que c’est bien ce qu’ils font. Et c’est pas seulement les mêmes mots, mais les mêmes intonations, les mêmes silences…

J’ai arrêté d’avoir peur, parce que ça me faisait faire des choses stupides, mais il faut que je trouve un moyen de sortir de cette boucle ou je vais devenir folle.

Samedi 7 décembre – le quinzième

Aujourd’hui, j’ai décidé de faire un truc complètement fou. Un truc que je n’aurais jamais fait sans la boucle.
Au matin, je suis partie super tôt et j’ai couru jusque chez Visha (J’ai continué à laisser tomber les corvées. Je dois sauver tout le monde, j’ai autre chose à faire que nettoyer le poulailler). Elle était en train de nourrir les deux chevaux de son père et je crois qu’elle a été surprise de me voir. Je lui ai demandé si je pouvais lui parler, je lui ai dit que c’était super important. Vu que je connais l’emploi du temps de tout le monde au village pour cette journée, je l’ai emmenée derrière la bergerie, chez Yarine. On était assez cachées du vent et de la neige pour que ce ne soit pas trop désagréable. Bon, il y avait bien les odeurs des moutons, mais vu qu’elle habite juste à coté, elle est habituée. On l’est tous un peu, le village n’est pas très grand.

Enfin, j’ai pris mon courage à deux mains et je lui ai tout déballé. Mes sentiments pour elle depuis la primaire, son visage dans ma tête quand j’embrassais Akal, l’importance qu’elle a dans ma vie, le fait que je ne pourrais jamais être heureusement sans elle. Tout, je lui ai TOUT dit.
Et, comme je m’y attendais, elle a eu l’air horrifiée. Elle a crié, m’a dit que j’étais complètement malade, qu’elle m’avait toujours trouvée bizarre, qu’elle ne me parlait que parce qu’on a le même age, mais qu’elle ne m’appréciait pas.
Au moins je suis fixée. J’ai le cœur brisé en mille morceaux, je n’arrête pas de pleurer, mais je suis fixée.

Demain, elle aura oublié ça aussi. Et moi, je pourrai faire comme si rien ne s’était passé. Mais en sachant ce qu’elle pense vraiment de moi.
Tu m’excuseras, je vais aller me rouler en boule, pleurer, et ne pas m’endormir.

Samedi 7 décembre – le seizième

Ça m’a sauté aux yeux quand j’ai relu ce que j’ai écrit hier. Bien sûr. Je ne vais pas dormir. Si je ne dors pas, cette journée ne pourra pas se répéter et demain nous seront dimanche ! J’ai préparé tout un stock de bougies et de livres. Cette nuit sera la dernière à se répéter et je verrais le soleil se lever sur un jour nouveau.

Samedi 7 décembre – Le dix-septième

Je n’ai pas dormi. J’en suis certaine. Et pourtant, ce matin nous étions encore samedi.
Je ne le supporte plus ! Que faut-il faire pour passer à une autre journée ? Pourquoi faut-il que ce soit celle-ci qui se répète en boucle ? Si au moins c’était un jour amusant. Ou un jour où il ne neige pas, au moins.
Je n’en peux plus. Et je suis fatiguée. Je vais dire que je ne me sens pas bien et je vais dormir toute la journée.

Samedi 7 décembre – Le vingt-deuxième

Aujourd’hui, ce n’est pas depuis le confort de ma chambre que je t’écris cher journal, mais depuis la forêt.
J’ai peut-être fait quelque chose de grave.
Peut-être.
Car, qui sait de quoi demain sera fait.
En fait, moi, je le sais. Demain, personne ne se rappellera qu’aujourd’hui la moitié du village est partie en fumée. Le bon coté des choses, c’est que personne ne saura jamais que c’est moi qui ai bouté le feu aux maisons et aux granges. Je ne serais jamais punie, alors que des gens ont failli mourir.

Samedi 7 décembre – Le vingt-troisième

Comme prévu, je me suis réveillée ce matin dans mon lit. Peut-être aurais-je dû ne pas m’endormir ? J’ai essayé, mais j’étais épuisée. On a passé la journée à porter des seaux d’eau et à courir partout avant d’aller s’abriter dans la forêt. J’en suis presque venue à regretter mon geste. Mais je n’en peux plus. C’est trop dur…
Je dois trouver un moyen d’arrêter ça.

Samedi 7 décembre – Le vingt-neuvième

Cher Journal,
J’ai mal.
J’ai peur.
Qu’est-ce que j’ai fait ?
Et si demain venait et ne corrigeait pas l’horreur que j’ai commise ?
J’ai peur. J’ai peur. J’AI PEUR !!

Aujourd’hui, j’ai… J’ai…

Aujourd’hui, j’ai tué Cash.

Je m’en veux tellement.
Il rentrait chez lui, sans Ari, parce qu’il avait passé un peu de temps avec Visha. Je les observais, cachée derrière un muret, parce que je n’ai toujours pas fait le deuil de mon amour pour elle. Et puis ils se sont mis à parler de moi. J’ignore si ça fait un mois qu’ils le font en rentrant chez eux ou si c’est mon comportement bizarre de la journée qui a entraîné ce changement, mais le fait est qu’ils ont commencé à parler de moi.
Cash disait qu’il ne comprenait pas pourquoi Visha était mon amie, qu’on était vraiment trop différentes. Et elle, cette traîtresse, elle lui répondait qu’elle avait pitié de moi, car j’étais seule. Ce qui est faux ! J’ai plein d’amis, moi. C’est elle qui est trop lisse et que personne ne calcule vraiment. Puis elle ajoutait qu’elle n’était pas sûre de continuer à me parler très souvent à cause de ma rupture avec Akal. Mais cette histoire est de l’histoire ancienne depuis tellement longtemps ! Pourquoi faut-il qu’elle revienne dessus maintenant ?
Et puis qu’est-ce que ça peut faire ? On a 15 ans, on n’a rien signé, merde !

Enfin, ils ont si bien déblatéré sur mon dos que je me suis énervée. Le muret est délabré et, en voulant me relever, mon pied à butté contre une brique. Je l’ai ramassée sans vraiment penser à ce que je faisais, j’ai bondi au-dessus du mur et j’ai frappé le plus proche de moi. C’était Cash.
Je ne l’ai frappé qu’une fois. Je ne voulais pas le tuer…
Mais il est tombé. Et Visha a hurlé.
Et je me suis enfuie.

Aujourd’hui encore, la soirée n’a pas suivit son cours normal. Et c’est parce que j’ai tué quelqu’un. J’ai entendu des adultes qui me cherchaient en parler.
Cash est mort.
C’est pas vrai ! Comment ça a pu arriver ?

Plus tard. Aujourd’hui encore.

En fait, j’ai réfléchi. Ce n’est de l’histoire ancienne que pour moi, cette rupture. Pour tous les autres ça ne fait toujours qu’une semaine. J’ai tendance à oublier que je suis la seule à savoir que l’on vit dans ce cauchemar.

Samedi 7 décembre – Le trente-troisième

Cash est vivant.
Dés le lendemain, il l’était. Mais j’ai quand même mis plusieurs samedis à m’en remettre. J’ai beaucoup réfléchi aussi. Apparemment, les autres ne peuvent pas mourir, mais moi ? Est-ce mon seul moyen pour sortir de la boucle ?
Je ne suis pas encore prête à faire une chose pareille.
Mais je ne pourrais pas revivre encore cette journée pendant des années. Je ne saurais pas le supporter.

Samedi 7 décembre – Le quarante-sixième

Aujourd’hui, j’ai fugué.
J’ai emporté avec moi de la nourriture et des boissons pour plusieurs jours, j’ai emprunté la boussole de mon père et je suis partie au petit matin.
Oh. J’ai aussi volé l’un des chevaux du père de Visha. J’irais plus vite au galop qu’à pied, que je pensais. Et c’était vrai. Mais au bout de quelques heures, j’ai dû abandonner la bête, elle ne pouvait plus avancer. J’ai peur d’avoir fait une seconde victime. Enfin, elle se réveillera normalement bientôt à l’écurie. Et si ce n’est pas le cas, elle aura donné sa vie pour nous permettre à tous de sortir de la boucle.

Plus tard, aujourd’hui.

Je sais que je me mens. Elle n’aura rien donné du tout. C’est moi qui aurais pris sa vie. Et ça me donne envie de vomir. Mais il est aussi possible qu’elle se soit reposée puis qu’elle soit repartie vers le village. Elle était encore débout quand j’en suis descendue, elle était juste épuisée, mais pas mourante quand même.

Laisse-moi me raconter ce que je peux pour ne pas dépérir à mon tour. Et pour ne pas m’endormir.
S’il te plaît.

Dimanche 8 décembre ???

Je n’ai pas dormi de la nuit. Et je ne suis pas dans mon lit, mais bien assise sur un gros rocher, loin, très loin du village. Je vais encore marcher toute la journée. Je dois trouver un moyen de sortir de la boucle. Peut-être que j’y suis déjà parvenue, mais je me vois mal retourner au village pour m’en assurer.

Plus tard, aujourd’hui

Mes yeux se ferment tous seuls. Je suis éreintée.
J’ai bu tout le café que j’avais emporté. C’est infect. Je déteste le goût. Mais il parait que ça aide à rester éveillé.

Encore plus tard.

La nuit est en train de tomber. JE-NE-DOIS-PAS-M’ENDORMIR !
Demain, on sera lundi. Ça fait longtemps que je n’ai plus eu autant envie de voir un lundi matin se lever.
C’est dur de ne pas s’endormir. Il fait froid. La neige m’engourdit.

Lundi 9 décembre ???

Il est 8 h du matin si j’en crois le soleil qui apparaît juste à l’horizon. Enfin, plus ou moins.
Est-ce que j’ai réussi ?

Plus tard.

Je – J’ai découvert une chose absolument incroyable. Je ne sais même pas comment la nommer.
Je marchais. Vraiment épuisée. Je n’ai jamais eu autant envie de fermer les yeux de ma vie. Quand je me suis cognée contre une chose invisible. J’en suis tombée à la renverse même si je ne marchais pas vite. Quand je me suis relevée, je me suis approchée, les mains en avant, de ce que j’avais percuté. Il y avait là une sorte de vitre totalement invisible. Je la touchais des mains, je pouvais poser mon front contre elle, mais je ne la voyais pas.
Derrière, le paysage continue sur 100 ou 200 mètres, puis se perd dans la brume.
J’ai marché sur plusieurs kilomètres avec une main posée contre cette étrange vitre, je n’ai pas trouvé d’ouverture.
J’ai peur à nouveau. Qu’est-ce que c’est encore que ce mystère ?
En plus, je suis épuisée. J’ai vraiment besoin de dormir.

Samedi 7 décembre – le ?? J’ai perdu le compte.

Je me suis réveillée dans mon lit. Plus trace de la vitre invisible et gigantesque. Aucune réaction de mes parents concernant ma fugue de trois jours.
Nous sommes enfermés et nous revivons encore et encore la même journée. Qu’elle est cette horreur ? Pourquoi suis-je la seule à m’en rendre compte ?
Par la fenêtre la neige tombe toujours. Je crois qu’elle tombera pour l’éternité. Mais sans moi.
Je n’en peux plus.
Cette fois, c’est complètement vrai.

Je suis désolée.

Samedi 7 décembre – Le lendemain, ou plus tard

J’ai sauté du clocher de l’église.
Ça n’a pas été très dur de monter jusque-là, les portes ne sont jamais fermées. On ne sait jamais, que quelqu’un aurait un besoin urgent de prier.

J’aurais dû mourir.
Mais je me suis réveillée dans mon lit.
Ce matin.

Comme
Tous
Les
Matins

Je ne veux plus vivre cette journée.
Je deviens folle.
Ou je le suis déjà.
JE
NE
VEUX
PLUS

Plus tard, aujourd’hui.
Ou hier, ou demain.
Tous les jours sont identiques, de toutes façons.

Sur la cheminée, dans le salon, j’ai vu une chose au moins aussi horrible que le mur de verre. Je connais cet objet depuis mon enfance, enfin, je crois, pour peu que j’ai vraiment eu une enfance, mais je n’avais pas encore fait le rapprochement.
J’ai peur d’avoir raison.
Tellement peur.

Existe-t-il une idée plus terrifiante que celle qui m’a submergée quand j’ai vu maman la retourner pour faire tomber la neige ?

Est-il possible qu’on soit, nous aussi, comme le petit couple en manteau de neige, bonnet et gants de laine, qui tire un traîneau hors de sa maison ?
Est-il possible qu’on soit enfermés dans une boule à neige ?

Retrouvez toutes les histoires du recueil L’Avent Tuera ici.
Crédit image d’illustration : Abigailrf
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1 réponse

  1. 5 juillet 2020

    […] Piégée […]

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