Scumland – Absinthe Pandemos

Scumland - Absinthe PandemosTitre : Scumland
Nouvelle
Pays d’origine :
France
Thèmes : 
post-apo – féminisme – homosexualité – pulp – misandrie
Autrice : Absinthe Pandemos (pseudo de Ivy Clark)
Édition : Walrus
Nombre de pages : 102
Date de sortie :  16 décembre 2015
Prix : 12€ album – 5,99€ numérique
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Il en dit quoi le résumé ?

La nature est hostile en dehors des cités, mais la société se porte mieux depuis la révolution misandre : désormais, devenir un esclave castré est ce qui peut arriver de mieux à un « chamallo » (Cisgenre Hetero Male Low Life). Traqués dans les jungles qui bordent les villes, les mâles sont ramenés à leur condition de matière première et servent de cobayes à des expériences souvent sanglantes et rarement pratiquées sous anesthésie. Ainsi exploités, ils contribuent à la survie de l’espèce… et grâce à la technomagie, on n’en perd plus une goutte !

Flora et Maddy sont deux traqueuses bien décidées à aider le SCUM — l’élite des tueuses professionnelles — à mettre la main sur un chamallo errant repéré aux abords de la cité. Armées de leurs machettes et d’une bonne dose de rage, elles enfourchent leurs motos et partent en chasse dans les ruines du vieux monde

Et moi, j’en pense quoi ?

Là où je m’attendais à trouver un court roman humoristique et très second degré (franchement, tu as lu le résumé ? Ça ressemble à une blague, non ?) j’ai trouvé une histoire que je n’arrive toujours pas à classer plusieurs jours après l’avoir terminée.

Un monde très caricatural, des personnages qui ne le sont pas moins et pas franchement trace d’humour… Finalement cette nouvelle est peut-être à classer comme une sorte d’essai post-apo féministe. Mais est-ce  que ça existe, seulement ?

Les héroïnes, Flora, Maddy, Selma et Jena sont des brutes épaisses. Dans un monde dévasté 300 ans plus tôt, et quasiment débarrassé des hommes hétéros cisgenres, elles traquent les rares chamallos encore sauvages ou évadés dans l’intention de les transformer en ressources.
Le chamallo, ou homme hétéro cisgenre décadent, est représenté comme un être sans âme ou intelligence. Fonctionnant seulement à l’instinct, il n’est rien de plus qu’une bite sur pattes. Une caricature (assez grossière s’il en est) d’un certain type d’homme encore en fonction aujourd’hui.

Grosses ficelles ou coup de génie ?

Loin de totalement idéaliser ce monde libéré de tout patriarcat (mais dans lequel nombre de choses vont quand même mieux qu’avant la révolution des féministes extrémistes) l’autrice dépeint des personnages qui, sous couvert de protéger des idéaux qu’on ne peut qu’approuver, s’enlisent elles mêmes dans une partie des travers que leurs prédécesseures* se sont efforcées de supprimer de la surface de la Terre en réduisant considérablement ceux qu’elles tenaient (à juste titre) pour responsables d’un grand nombre de problèmes tant humains qu’environnementaux.

Par moment on frise tellement la caricature grossière des féministes extrêmes (parmi lesquelles je me compte indubitablement. Pour moi, extrême n’est pas péjoratif dans ce contexte.) telles que certaines personnes tentent de les faire paraitre que j’ai été incapable de trancher si le livre avait été écrit par une féministe convaincue ou une opposante un peu lourdingue.

Et c’est pour ça que je n’arrive pas à savoir si j’aime ce livre ou non. Si les héroïnes ont été écrites ainsi précisément dans le but de les critiquer, elles qui utilisent une méthode de pensée égale à celle que beaucoup d’hommes utilisent aujourd’hui (et utilisaient hier) pour maintenir les femmes en tant qu’êtres inférieures, c’est juste du génie. Si en revanche ça a été écrit sans que l’autrice ne se rende compte de ça, j’emmétrais un peu plus de réserve quand à la génialité de  ce bouquin. (Et pour fréquenter beaucoup de communautés féministes je peux te dire que ça arrive d’en voir des comme ça. Pas la majorité du temps mais ça arrive).

Honnêtement il est peu probable que ça n’ait pas été fait exprès mais le livre nous donne assez peu d’indices dans un sens comme dans l’autre.

Du coup, je ne peux que te conseiller de te faire ta propre opinion. Un bref extrait est disponible sur 7switch et, au pire, il ne coute pas très cher.

Un peu de vocabulaire.

C’est quoi cisgenre ? Je pense que le mot a fini par entrer dans le langage courant mais petite piqure de rappel pour celleux qui auraient un doute : Une personne cisgenre est une personne à qui l’on a assigné à la naissance le genre dans lequel elle se sent à l’aise et se reconnait. A l’inverse, il y a les personnes transgenres, qui elles, ne se reconnaissent pas dans le genre qui leur a été assigné à la naissance.
Je n’emploie volontairement pas le terme « né.e dans le mauvais corps » parce qu’on peut avoir été assigné.e fille, être parfaitement à l’aise avec ses seins et sa vulve et, pourtant, être un garçon « à l’intérieur ».
La dysphorie de genre n’est pas obligatoire pour être pris.e au sérieux.

*Prédécesseures n’est toujours pas un mot qui existe. Mais à défaut d’un féminin officiel à prédécesseur il faudra bien s’en satisfaire.

En résumé

Points résolument positifs : Si on sait lire entre les lignes on peut y voir une critique acerbe à la fois de la société dans laquelle on vit et du mécanisme qui nous pousse à endosser les même armes et préceptes que celleux que nous combattons.
Points hélas négatifs : C’est fait, parfois, avec lourdeur et les héroïnes ne sont pas hyper attachantes.

2 thoughts on “Scumland – Absinthe Pandemos

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