La Saint Nicolas à travers les âges à Liège (vis ma vie de Liégeois un 6 décembre)

Hey jeune étudiant.e bourré.e !

 

Je suis sur que tu te demandes comment on vit la Saint Nicolas ici, dans le beau (tout est relatif) Pays de Liège.
Parce que oui, Liège est un pays. Fais tes propres recherches et tu verras que je dis vrai.

Pour te le montrer, je te propose de revêtir, pour quelques minutes (ou quelques années) seulement, l’habit du Liégeois traditionnel.
Ensuite, quand tout sera fini, nous irons boire un petit péket avec Tchantchés et Nanesse. Pour nous remettre du trop plein de guindailles².

Une véritable institution, du berceau

La Saint Nicolas à Liège, d’où je viens, c’est d’abord un vieux monsieur barbu sur les genoux de qui tu te fais prendre en photo, en larmes, chaque année de tes 2 à 7 ans.

Aussi, bien sur, ce sont les clémentines, les noix et les spéculos que tu trouves sur la table de la salle à manger au matin du 6 décembre.
D’ailleurs, le vieux, un peu sénile, en laisse souvent chez tes grands parents aussi. Et, même si tu trouves ça un poil étrange, jamais tu ne t’en plaint. De peur de voir tout cela disparaitre purement et simplement.

Puis tu grandis.
Tu entames tes études secondaire (le collège et le lycée) et tu finis éventuellement par te retrouver dans une école au centre ville même si à la base tu n’y habites pas.

Et là, tu découvres que les grands que tu voyais se lancer de la farine (et parfois des œufs, de la sauce tomate et autres trucs dégueu et tachant) à l’entrée des grands magasins, et que ta grand-mère snobait dédaigneusement parce que, je cite : « Je ne vais pas leur donner de l’argent pour qu’ils le boivent et se roulent dans le caniveau ». Eh bien, ces grands là ils avaient l’âge que tes petits copains de classe ont aujourd’hui. Et par conséquent le tien, aussi, d’âge.

Saint Nicolas des étudiants Liège

Au bistro

Alors, pour la première fois, tu entres dans une friperie, tu achètes une blouse blanche à 2,5€ et, que tu suives un cursus artistique, de plomberie ou général, tu te surprends à coucher sur le tissu tout ce que tes rêves lubriques et cauchemardesques ont fabriqué à ton insu.
Ou, à la limite, si vraiment tu es super nul.le, tu demandes à Jean-Benoit, le doué en dessin de ta classe, qu’il te dessine un truc bien cool dans le dos. Mais, comme tu es le sixième de la journée à le lui demander et qu’il reste encore cinq heures de cours aujourd’hui, durant lesquelles d’autres élèves vont avoir tout le loisir de venir lui demander la même chose, il est possible que Jean-Benoit ne s’applique finalement que pour ses vrai.e.s potes. On peut le comprendre.

Dés la fin novembre tu vas commencer à te geler les coudes avec ta blouse (pour l’instant) blanche et ta choppe en verre dans laquelle tu fais tinter les quelques piécettes que tu as avancées pour donner l’exemple.
A coup de « Joyeuse Saint Nicolas » ou « Bonne journée m’sieu, dame » tu vas agiter ton verre trop grand sous le nez des ménagères venues acheter un bidon de Dixan, quelques pommes ou un kilo de patates et des ouvriers pressés de rentrer au bistro chez eux.

Et du lait

Au fil des jours tu vas amasser quelques euros et, enfin, le six décembre tu vas pouvoir les dépenser.
Armé.e de ta blouse (plus si) blanche et entouré.e de tes meilleur.e.s potes tu vas passer la journée à faire des jeux débiles, à tenter de salir la blouse de tes petit.e.s condisciples et bien sur, à picoler. Parce qu’il est là le vrai but de la Saint Nicols des étudiants.

Au soir, ou dans la nuit si tu en as les moyens, tu vas rentrer et cuver jusqu’au 9. Au moins.
Ensuite, il faudra reprendre le chemin de l’école et attendre toute une année pour remettre ça.

Ou pas. Car, heureusement tu habites à Liège et les fêtes estudiantines sont légion dans la région. La Sa Saint, Saint Toré, Saint Philo, le bal des busés, des bizutés, des bleus… L’occasion d’être beurré comme un p’tit LU reviendra vite, ne t’en fais pas.

Tchantchés et Nanesse -  Saint Nicolas

Mais, même si tu aimerais resté coincé.e à ce stade toute ta vie, on n’en doute pas, il va pourtant bien falloir que tu vieillisses grandisses un peu.

Au péket

Tu auras probablement des gosses et, à ton tour, tu les emmèneras pleurer sur les genoux du Grand Saint.
Enfin sobre, tu retireras du plaisir là où tu le pourras. Et c’est la raison pour laquelle tu achèteras les photos hors de prix de Kévin et Kevina, le visage aussi rouge que la cape du vieil homme sur les genoux de qui iels rebondissent en hurlant. Photos que tu garderas précieusement jusqu’au jour où l’un.e des deux te ramèneras un petit copain ou une petite copine et ou, par une opération du Saint Esprit, elle se retrouvera bien en évidence sur le buffet de la salle à manger.

A ce moment là, enfin, tu estimeras que les 15€ ont été bien dépensés et tu riras sous cape toute la journée durant.

Mais il ne faut pas oublier que tous les six décembre tu te lèveras aux aurores pour décorer la table de milles victuailles. Que, quand tes nains commenceront à douter de l’existence du Saint Patron des écoliers, tu tenteras de leur redonner la foi en lançant des noix en l’air sans qu’ils te voient. Donnant ainsi l’impression qu’elles tombent du ciel. Que tu ne te bourreras plus la gueule dans le Carré³, pour leur montrer l’exemple. Et que tu t’inquiéteras pour eux quand ils commenceront à le faire à leur tour.

Après ça, la vengeance de la photo ne te semble plus si cruelle. D’ailleurs tu en as encore quelques unes en stock. Iels peut encore te ramener quelques crush, tu es prêt.e à les recevoir comme il se doit.

En vrai

Pour la petite histoire : En rétho (terminale), avec Sieu K, on avait acheté les fameuses blouses et on avait commencé à les décorer. Sauf que, très vite, on avait trouvé nos dessins nuls. On s’était alors rapidement demandé si, vraiment, on allait oser aller faire la manche devant les magasins. Et, comme la réponse était sans équivoque (Non) on a laissé tomber l’affaire.

Donc, oui, nous étions de jeunes étudiants liégeois. On allait à l’école en ville. On n’avait aucun état d’âme à sécher une journée de temps en temps. Et même plus souvent que ça. Mais non, en 5 ans pour moi et 7 pour lui, jamais nous n’avons été de parfaits guindailleurs.
Si c’est pas malheureux.

(En toute honnêteté, vu que je bois quelque chose comme trois bouteilles d’alcool par an (une à Noël, une au nouvel an et un verre de bière ou de cidre de ci de là) je n’ai aucun regret concernant cela).

 

Alors ? Tenté.e de venir la passer par ici, la Saint Nicolas ?

 

² Guindaille est un belgicisme qui est utilisé pour désigner diverses activités festives dont le point commun est la consommation de bière et les chants paillards. (Wikipédia)
³ Le Carré est un quartier de la ville de Liège composé presque exclusivement de bars et boites. Les rues sont étroites et, passé une certaine heure, généralement maculées de pisse et de gerbe. Les étudiant.e.s l’aime pour son coté festif.
Dessins : Sieu K.

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4 thoughts on “La Saint Nicolas à travers les âges à Liège (vis ma vie de Liégeois un 6 décembre)

  1. ah ouais pas mal la Saint Nicolas chez vous 🙂

    moi ce que je retiens de la St Nicolas ici c’est juste qu’on le souhaite aux petits garçons en leur offrant une carte c’est tout lol

Quelque chose à ajouter ? Fais le ici.