Psyche Industry – Christophe Berthy

Psyche Industry - Christophe BerthyTitre : Psyche Industry
Roman
Thèmes :
thriller – amour – course poursuite – nouvelles technologies
Auteur : Christophe Berthy
Édition : Auto édition
Nombre de pages : 474
Date de sortie :  22 aout 2015
Prix : 2,99€ numérique – 19,99€ broché
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Il en dit quoi le résumé ?

Sa femme est morte dans des conditions tragiques.

Et pourtant… il la croise en plein Chicago…

Le coéquipier de Nathanaël lui dit qu’il perd la raison.
Flic à la dérive depuis le décès d’Emily, l’alcool est effectivement devenu son unique refuge.

Emily est elle réellement en vie ?
Ou n’est-ce que le résultat de ses délires éthyliques ?

Tandis que les doutes l’assaillent, les preuves s’accumulent… mais son enquête gêne visiblement en haut lieu…

Accusé d’enlèvement et de meurtre par le Président d’une multinationale sans scrupule, Nathanaël n’a plus le choix : il doit prendre la fuite avec elle et découvrir la vérité.

La science aurait-elle trouvé le moyen de défier la mort ?

Et moi, j’en pense quoi ?

Au vu des critiques disponibles sur Amazon ce titre pouvait faire envie. Et pourtant, en relisant les notes prises durant ma lecture je me demande si nous avons bien eu la même aventure dans les mains.
L’histoire de départ a ce qu’il faut pour être intéressante, un univers plus ou moins étendu, une mort mystérieuse, un poil de SF, une sorte de road trip contre la montre… Mais elle souffre surtout de pas mal de problèmes ; lenteur, description de choses sans intérêt, quelques illogismes et surtout, surtout, un sexisme constant.

Du sexisme à la pelle.

Du début à la fin le personnage féminin principal va nous être amené comme une bombasse pas très fut-fut et incapable de prendre une seule bonne décision. Elle n’évoluera pas beaucoup en cours de route, se cantonnant presque toujours à son rôle de faire valoir.
Ce ne serait pas encore un trop gros problème (enfin, on se comprend) si les autres personnages féminins relevaient un peu le niveau mais… ce n’est pas franchement le cas. Elles sont toutes plus greluches et stupides les unes que les autres.

Hélas, ce n’est pas encore tout, au fil des pages nous allons croiser pas mal de personnages « importants », des chefs d’entreprises, des docteurs, des policiers, … Tous, sans la moindre foutue exception, seront des hommes. Et blancs de surcroit. A coté de ça nous allons aussi passer un peu de temps auprès du « petit personnel » tel que des serveuses, femmes de ménages ou réceptionnistes. Et là en revanche il ne s’agira que de femmes. Vous commencez à le voir le problème ? Elles seront au mieux un peu nunuches voire totalement incompétentes.

Enfin non, je suis de mauvaise foi, il y a une exception dans chacune des deux catégories, un « simple » infirmier (dans le sens où il n’est que infirmier et non docteur, rôle généralement laissé aux femmes) et une femme forte, intelligente, dangereuse, maline. Et toute habillée de cuir, sexy et en talons hauts, parce que quitte à en faire un stéréotype pourquoi ne pas aller jusqu’au bout ?

Sincèrement je ne pense pas que ça ai été fait exprès (il y a donc encore de l’espoir) mais le problème n’en reste pas moins le même, ce roman est sexiste à en crever et je vais tacher de vous expliquer pourquoi.

Les situations s’enchainent et se ressemblent.

Un moment m’a particulièrement fait bondir, il apparait vers la fin du bouquin. J’avais déjà collé mentalement une étiquette en forme de bite en érection avec une couronne sur le gland sur la couverture depuis longtemps mais là je n’ai pas pu faire autrement que m’arracher un doigt pour avoir un truc à ronger alors que ces lignes défilaient devant mes yeux.
Nath et Angela discutent avec un homme (qui se veut) très lourd et misogyne, qui fait des allusions salaces et qui complimente Nathanaël sur sa magnifique voiture de sport. Ce à quoi le jeune homme rétorque « Ah mais elle n’est pas à moi, c’est la voiture de madame ».
Clin d’œil appuyé en direction de cette dernière qui prend les clefs et qui conduit la bagnole sur les 200 mètres qui les séparent de l’endroit où iels doivent se rendre.

Mais bordel de poils de cul !

A cet instant ça fait des pages et des pages que le héro se plaint d’être mort crevé parce qu’il conduit depuis des heures et des milliers de kilomètres. Il a eu vachement de mal à contrôler la voiture quand iels sont monté.e.s dedans pour la première fois (il n’a même pas su la démarrer, quoi ! C’est elle qui a du le faire depuis le siège passager.). Pourtant iels étaient censé.e.s se casser vite et bien à ce moment puisqu’iels étaient poursuivi.e.s par un putain de mafieux. Et pourtant pas une seule fois Angela n’a prit le volant au cours de leur périple. J’en étais venue à me dire qu’elle n’avait tout simplement pas le permis (ça se peut). Sinon, franchement, pourquoi n’ont t’iels pas partagé les kilomètres dés le départ ? C’est con, hein ?!

Mais qu’est-ce-que cette page montre à ce moment là ? Elle montre que pour l’auteur une femme ne sait pas conduire une voiture de sport, simplement. Ou qu’elle n’a pas à le faire. Ou que quand un homme et une femme sont dans une voiture c’est toujours l’homme qui conduit. Ou qu’il n’a juste pas pensé qu’il pouvait les faire alterner parce qu’au moins une des raisons précédentes devait être bien installée dans sa vision des choses.

Sauf que les femmes, l’auteur il les aime, et même qu’il leur veut du bien.

Du coup, si on remettait ce connard de personnage sexiste à sa place ? Sauf qu’il le fait d’une façon paternaliste qui donne la gerbe. Angela n’a pas prit une seule décision depuis le début, elle s’est laissée diriger sans avoir l’air dérangée par cela (et ça pourrait être dans son caractère, tout les persos féminins n’ont pas non plus besoin d’être forts et intéressants. Du moment qu’il y en ai quand même quelques uns qui le soient ça me convient) mais là, subitement, ça la dérange. Et ça ça ne colle pas.

Quand elle a commencé à grincer des dents aux allusions du lourdingue j’avais juste envie de lui crier dans les oreilles « Et quoi ? Il ne fait rien de plus que ce que ton Prince Charmant fait depuis 300 pages. Pourquoi ça te dérange maintenant et pas avant ? Parce que Nath est beau alors que l’autre est gros et laid ? » Mais bon, ça la dérange, ok, pourquoi pas. Elle pourrait donc se sortir les doigts du cul deux minutes et répondre un truc mais… En fait non, c’est Nath qui vient à sa rescousse. Parce qu’elle n’est qu’une pauvre femme incapable de se défendre seule, faut pas l’oublier. Et il se comporte avec elle de façon tout aussi, voire plus, condescendante que l’aubergiste. En lui tendant les clefs, en la « sauvant », en faisant en sorte qu’elle n’ait pas une seule ligne de texte.

Ouais, le sexisme, blablabla, on sait. La barbe !

Je sais que je vous gonfle avec ça mais il y a tellement d’autres exemples de ce sexisme ordinaire, ce sexisme caché qu’on ne voit pas quand on y est pas confrontés (l’absence de .e. n’est pas une omission ici. Une généralisation en revanche tout à fait.).

Nathanaël va la reprendre sans arrêt, va être paternaliste avec elle (Tu es convalescente, tu ne peux pas manger. Je vais juste m’enfiler un double big-mac devant toi. Oh ! T’as faim quand même ? Bon, ok, tiens, voilà mes restes, y avait trop pour moi de toutes façons.). C’est toujours lui qui parle, qui décide, qui choisit. Les femmes sont toutes sexy. Et, soit vénales, soit débiles. La seule à être considérée comme un cageot est célibataire et décrite comme une pauvre fille. Et quant, au milieu de la tourmente, alors qu’iels ont des tueurs à gages au cul, les deux femmes avec qui il se cache vont se mettent à prendre quelques décisions, ce sera pour critiquer sa coupe de cheveux un peu trop longue qui lui fait une tête bizarre et pour décider que le moment est idéalement choisi pour jouer à la coiffeuse. A la coiffeuse, bordel !

Ça fait plus que quelques petits détails dérangeants.

Une relation hyper malsaine.

Leur relation est aussi hyper malsaine. Même si, plusieurs fois, on va insister sur le fait qu’il tombe amoureux d’elle pour ce qu’elle est on reviendra trois fois plus de fois sur le fait que son corps est bombissime, sa voix sensuelle et sa démarche hyper bandante.
Et surtout que ce corps n’est pas le sien.
Sérieusement cette relation m’a ulcérée dés ces prémices. Il était évident qu’il voyait sa femme au travers d’Angela. Et d’ailleurs comment aurait-il pu faire autrement vu qu’il s’agissait de son corps ? Qui serait assez tordu pour entreprendre ce genre de relation ? Sortir avec une femme possédant le corps de son ex-femme décédée quelques mois avant et dont on arrive pas à accepter la mort. C’est juste de la torture. Ou une tentative de remplacement. Qui, dans ce cas, accepterait de n’être vu essentiellement que comme un sosie ?

Et puis cette révélation sur ce que cachait Emily à sa mort et avec quoi Angela doit désormais vivre c’est tellement, tellement déjà vu.
Et encore une fois tellement malsain.

De la nuance entre ingénue et abrutie.

Il y a aussi toutes ces scènes qui ne servent à rien si ce n’est à renforcer la certitude que les femmes sont des potiches débiles qui ont vraiment besoin d’un homme.

A un moment, et je peux vous le raconter parce que cette scène dure 5 pages et ne sert à RIEN dans le déroulement de l’histoire, la femme de ménage de la bombe accoure vers elle toute paniquée. Le magnifique collier en pierres précieuses à disparu avant qu’elle ne le remette au coffre. Angela monte donc voir toute paniquée.

« Oh la la le collier n’y est pas, tu as raison Rosario (j’ai oublié le nom de la femme de ménage, je me permet donc un petit stéréotype de plus avec le nom de BASE des femmes de ménage mexicaines). Un des invités à du le voler. OMG mon mari va trop avoir le seum quand il l’apprendra ».

Heureusement, Super Nath sort de l’ombre et propose aux deux cruches de juste vérifier dans le coffre fort que Mr son mari ne l’a pas rangé lui même en le voyant trainer n’importe où alors que la petite fête qu’il a organisée et qui brasse une centaine de personnes bas son plein à l’étage du dessous. Et là, oh ! Miracle ! Merveille ! Le collier est bel et bien dans le coffre ! Ouf.  Une nouvelle affaire résolue grâce à super Policier.
Merci Super Nath. Mon héro !

Seulement, à part montrer la bêtise des deux femmes et démontrer qu’un homme est indispensable pour régler une affaire, aussi petite et insignifiante soit-elle, cette partie ne sert à rien. On s’en bas les gonades de ce collier, il n’aura aucune importance dans l’histoire. On ne reparlera jamais de lui. JA-MAIS.

Une histoire qui transporte. Mais pas forcément où on le voudrait.

Bon, maintenant si on arrive à passer outre ces quelques points (donc si on ne sait pas reconnaitre du sexisme même quand il éclabousse de partout tel une diarrhée fulgurante. Ou qu’on s’en tape parce qu’on est pas concerné) il doit y avoir moyen de se laisser porter par l’histoire.

Attendez vous quand même à être un peu énervé.e.s par Nathanaël. Parce qu’il va mettre 400 pages à comprendre ce que vous aurez compris en 200 (Il est même possible que vous ayez de grosses suspicions au alentour de 100).

Je conclurais en remerciant tout de même Christophe Berthy pour ce service presse. Certes son histoire n’a pas été hyper emballante pour moi mais j’espère que mes quelques critiques (que j’ai taché de retranscrire de façon aussi constructive que possible) pourront être utiles pour ses prochains écrits. Je suis sur qu’en traitant ses prochains personnages féminins avant tout comme des personnages et non comme des fâââmes il pourra en tirer quelque chose de très bien.

Comment combattre le sexisme ordinaire en littérature ?

Je voulais quand même finir en rappelant qu‘il y a énormément de sexisme dans énormément d’œuvres littéraires. Mais que ce n’est pas parce que ça n’a pas été fait consciemment (et je pense que ce n’est effectivement pas le cas ici) qu’il ne faut pas le faire remarquer aux auteur.e.s. Histoire qu’iels puissent en prendre conscience déjà et qu’iels puissent travailler à ne plus reproduire les mêmes schémas.

Arthur Conan Doyle était un gros misogyne (mais vraiment, c’est horrible. En même temps pour l’époque le contraire aurait été vachement progressiste) et pourtant ça se ressent moins dans ces nombreux romans aux relents de testostérones que dans celui ci (D’ailleurs il fait toujours aujourd’hui, et malgré ça, partie de mes auteurs favoris, comme quoi.

En résumé

Points résolument positifs : Un univers réfléchi et sympa, plutôt bien construit et logique. Une technologie de SF qui en fera à coup sur rêver.
Points hélas très négatifs : Sexisme, descriptions inutiles, personnages énervant.e.s.

défi lecture 2016

3 thoughts on “Psyche Industry – Christophe Berthy

  1. Arfff… On voit bien qu’il t’a bien énervée ce bouquin. Par contre, du coup ton point résolument positif tombe un peu à plat vu que tu n’as rien évoqué de tout cela en haut (mis à part le méga spoiler). Enfin, c’est vrai que c’est un peu agaçant, ces nanas nunuches à souhait, dans les films c’est pas mieux :/
    1. Fallait bien que je trouve un ou deux points positifs quand même :p
      Mais c’est vrai que ça a été très pénible comme lecture… Avis qui est très peu partagé sur les critiques amazon en fait, j’avais trouvé ça surprenant.
  2. Ah bah si, en fait t’en dis quelques mots au début… J’avoue qu’après tout ce que tu as dit après je ne m’en souvenais plus, le mot sexiste étant écrit en gros dans mon esprit 😉

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