Une mort sucrée – Claude Tardat

Une mort sucrée - Claude TardatTitre : Une mort sucrée
Roman
Pays d’origine :
France
Thèmes : 
boulimie – suicide – nourriture
Autrice : Claude Tardat
Édition : Mazarine
Collection : Romans
Nombre de pages : 139
Date de sortie :  3 avril 1986
Prix : 16€ brioché
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Il en dit quoi le résumé ?

 » Le caramel de la tarte Tatin dégageait une légère fumée au parfum de pomme chaude. Il collait à la fourchette d’argent dont j’ai sucé les dents une à une avec application. Dehors des trombes d’eau cinglantes s’abattaient sur Paris, mêlées de petits grêlons qui tambourinaient sur les carrosseries des voitures. Dehors, c’était la jungle hostile sous un ciel de mousson. J’étais bien au chaud dans mon creux de banquette et n’ayant qu’à commander pour voir se succéder devant moi les succulentes parts du gâteau des demoiselles Tatin. Ces femmes complices de toutes les enfances gourmandes, je les imaginais très vieilles et très charmantes. Dehors, c’était l’eau pour toujours, un déluge dont je serais l’heureuse et unique rescapée. Une buée grise a bientôt recouvert les vitres du salon de thé, tirant ainsi le rideau sur l’extérieur. J’étais dans la douceur tiède et sucrée des tartes et des chocolats. Les demoiselles Tatin m’aimaient. Dehors n’existait plus. J’aurais voulu que cela ressemble à l’éternité. « 

Et moi, j’en pense quoi ?

J’aimais la couverture, épurée et graphique, très sobre, bien plus que celle qu’on lui attribuerait si le roman était réédité aujourd’hui, bien plus aussi que ce à quoi on pourrait s’attendre pour un livre des années 80, et j’ai acheté presque sans regarder le résumé.

L’héroïne, dont on ne prononce jamais le nom si je ne m’abuse, puisque c’est elle la narratrice, a décidé de se suicider mais pas de n’importe quelle façon. Elle va manger jusqu’à s’en faire exploser. Ou à peu près.

Elle, étudiante brillante en lettres, fille de diplomate et installée à Paris, n’a qu’une passion dans la vie : les tartes, les gâteaux, les pâtisseries fines prises dans des salons de thé hors de prix et fréquentés par de vieilles dames chics qui la dévisagent en cachette, atterrées et offusquées. Elle commence à écrire un journal, ce journal, un jour où elle a le ventre creux. S’ensuivent plusieurs nouvelles entrées, plus d’un compte rendu, sur la nourriture, la solitude recherchée, la faculté, un peu, et puis sa mère. Sa mère, si présente dans ses pensées, dans ses actions, mais nullement ou presque, dans sa vie. Si au début une notion de temps est induite, elle disparait rapidement et il devient difficile de savoir combien de temps dure la lente descente dans les enfers sucrés.

Ce qui partait pour être un point négatif se transforme finalement en qualité. Privé.e.s de repères temporels nous ne pouvons plus que nous fier à elle et à ses descriptions de sa personne pour nous figurer le temps qui passe.

Frôler l’indigestion et en redemander.

Elle déplore le gout salé de sa transpiration. Comment peut-elle sécréter ce genre de liquide alors qu’elle ne consomme que du sucre ? Elle s’emmitoufle dans ses bourrelets pour se tenir chaud. Elle se délecte des expressions de dégout qu’elle surprend chez les autres quand elle entre dans leur champ de vision. Elle est heureuse d’être qui elle est et comme elle est. Son objectif se rapproche et elle prend plaisir à le décrire.

Mais est elle vraiment si heureuse ? À travers des souvenirs qu’elle couche par écrit nous découvrons une enfance solitaire, instable et en manque d’amour.  Bien qu’intelligente, ou se définissant comme telle, elle ne parviendra jamais à être lucide sur sa relation avec sa mère. La cause, peut-être, probablement, de son envie d’en finir de cette façon grotesque. Alors que les mois qui lui reste s’étiolent, que la balance est partie rejoindre ses parents à Madagascar et que l’Étudiant s’immisce dans sa vie, son désir ne faiblira pas. Mais dans ses mots, dans ses orgies du sucre, on verra poindre de plus en plus clairement des blessures, des questions puis quelques réponses, des points d’amarrage dans cette mer de coulis couleur framboise, des bouées, qu’elle sera incapable de saisir alors qu’elle en dessinera elle-même les contours avec du chocolat fondu.

L’autrice joue habilement avec les mots pour mieux nous les faire déguster.

Si au début la salive nous monte à la bouche quand elle détaille le coulis de cassis sur la tarte, le chocolat aux raisins ou le pudding dégoulinant de sucre et la pâtisserie fine, l’écœurement prend finalement le dessus. Mais jamais pour longtemps. Même dans ses pires moments elle parvient à nous donner envie de la suivre dans ces magnifiques salons de thé. Pour une part, ou deux, ou trois…

La relation qu’on tisse avec la narratrice est emplie de contradictions. Alors qu’elle semble par moments si forte, si sure d’elle, sans-faux semblant, on la prend en pitié l’instant d’après. Alors qu’elle parait parfois si hautaine, on ne peut s’empêcher de vouloir lui ouvrir nos bras pour la réconforter, même si elle estime continuellement ne pas en avoir besoin.

Une écriture intéressante qui n’a pas vieilli et un livre qui se déguste ou s’engloutit en une nuit, en fonction de notre résistance à la tentation. Une découverte fortuite avec une autrice au style pimenté et un thème qu’on ne retrouve pas si souvent.

En résuméDéfi lecture 2017

Points résolument positifs : Le traitement de l’héroïne, l’immersion, l’écriture, le style.
Point hélas négatif : Une ou deux longueurs mais rien de terrible non plus.

3 thoughts on “Une mort sucrée – Claude Tardat

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