L’été où papa est devenu gay – Endre Lund Eriksen

L'été où papa est devenu gay - Endre Lund EriksenTitre : L’été où papa est devenu gay
Roman jeunesse
Pays d’origine :
Norvège
Thèmes : 
homosexualité – amour – relation père/fils – divorce – amitié
Auteur : Endre Lund Eriksen
Édition : Thierry Magnier
Nombre de pages : 285
Date de sortie :  20 aout 2014
Prix : 17,90€ broché
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Il en dit quoi le résumé ?

Arvid est plutôt content de passer ses vacances d’été au camping avec son père. Ils rencontrent Roger et sa fille Indiane installés près de leur caravane. Jusque-là tout va bien. Mais lorsque le garçon apprend que Roger est homosexuel, qu’il se rend compte que son propre père s’amuse beaucoup avec lui, se comporte comme un ado, alors là Arvid se sent moins bien. Des préjugés plein la tête, il oscille entre fureur et panique, sous le regard goguenard d’Indiane.

Les confidences d’Arvid à son journal, ses interrogations, ses peurs, ses complexes sont évoqués avec humour et sensibilité. Pas de drame, un air de vacances pour soulever des questions existentielles.

Et moi, j’en pense quoi ?

L’été où papa est devenu gay est typiquement le genre de bouquin que j’achète parce que la couverture et le titre me plaisent. Au dépend du résumé ou encore des avis glanés sur des sites spécialisés.
Et donc, bonne pioche ?
Mmmh. Ouais. En gros, plutôt ouais.
Mais c’était pas gagné d’avance.

Dans la tête, ou en l’occurrence le journal, d’un ado de 13 ans.

Le roman se présente sous la forme du journal intime d’Arvid, un gamin de 13 ans qui passe ses vacances avec son père fraichement divorcé dans un camping au fin fond de Troudukku, un fjord perdu au fin fond de la Norvège et surtout connu pour… les toilettes disco du camping en question. L’endroit n’est peuplé que d’un couple de vieux allemands, une quinqua constamment pompette, Roger, le proprio, et sa fille Indianne. Autant dire que l’ambiance n’est pas franchement électrisante.

En l’absence d’autres jeunes, et alors que Frank, son meilleur ami censé venir passer quelques jours avec lui mais présentement trop occupé à draguer tout ce qui porte un bikini sur une quelconque plage de Bulgarie, se fait désirer Arvid commence à trainer avec Indianne. Et ce bien qu’il ne l’apprécie pas des masses au départ.
Tout cela ne serait pas encore trop grave si depuis leur arrivé son père ne s’était grandement rapproché de Roger, le père de l’adolescente. Ouvertement gay, ce dernier semble beaucoup apprécier papa. Et la réciproque s’avère rapidement évidente.

Arvid n’est pas homophobe, hein, mais…

Or Arvid, qui n’a rien contre les gays, hein, olala non, du tout, ne veut surtout pas que son père se découvre soudainement ce genre de penchants. Parce que, quand même, ce serait un peu la merde. Les pédés c’est bien beau chez les autres mais pas dans sa caravane, faut pas déconner non plus.

Là où c’est particulièrement bien foutu c’est qu’on n’a aucun mal à se dire que l’on lit bien le journal intime d’un gamin de 13 ans. Mais là où ça coince un peu plus c’est que, sincèrement, qui pourrait avoir envie de lire une telle chose ?

Arvid est agaçant, plein de préjugés et, ne le cachons pas, carrément homophobe, même s’il s’en défend. Les termes utilisés sont parfois très durs et par moment la temporalité est difficile à suivre. Chaque chapitre correspond à une nouvelle entrée d’Arvid dans le journal et le plus souvent il précise d’où il écrit (souvent les toilettes du camping). Mais plusieurs fois il est un peu compliqué de comprendre s’il raconte une chose s’étant produite plusieurs heures avant ou étant entrain de se produire à l’instant même. On fini toujours par replacer les éléments dans l’ordre mais parfois ça prend un peu de temps.

Tout est à jeter, alors ? Du tout !

Malgré tous ces défauts et le fait que plus d’une fois dans la première moitié j’ai réfléchis à la possibilité de lâcher ma lecture, il arrive un moment où trop de choses se sont mises en place et où on veut connaitre le dénouement.
Franchement, Arvid met vraiment longtemps à évoluer. Mais il le fait. Et son cheminement est finalement amené de façon assez intelligente et intéressante. On fini par s’habituer à l’écriture et elle devient plus digeste à mesure que l’histoire avance.
Et puis on fini aussi par s’attacher à lui aussi. Et si on ne souhaite pas le voir réussir son plan qui est de séparer Roger et papa, on compatit tout de même quand Frank débarque et vient foutre le bordel dans sa relation avec Indianne.

Le langage cru, mais pas tant que ça, est très adapté à un personnage de cet age et il est régulièrement remis en question par Indianne qui, elle, ne voit aucun problème à avoir un papa gay. Ni deux, d’ailleurs.

C’est finalement une assez bonne petite surprise. L’écriture est fraiche et il y a quelques moments assez drôle.
Ce n’est pas un coup de cœur mais je n’hésiterais pas à le conseiller.

En résumé

Points résolument positifs : L’évolution du personnage principal, la couverture que je trouve très cool, le message de fin.
Points hélas négatifs : Le début quelque peu inégal, les petites difficultés de temporalité.

4 thoughts on “L’été où papa est devenu gay – Endre Lund Eriksen

  1. Alors là, je risque de ne pas te faire plaisir mais je trouve normal qu’un enfant n’ait pas envie d’envisager que son père soit homosexuel ! Bi à la rigueur, mais homosexuel ?! ça pause quand même de sérieuses questions quant à sa conception, quant à l’engagement de son père envers sa mère au moment de la conception.
    Je ne vois pas de rapport avec l’homophobie. Simplement ce n’est pas acceptable à entendre pour un enfant, déjà que pour un adulte c’est compliqué d’accepter qu’un homosexuel ait décidé de se marier et de faire des enfants alors qu’il aimait les hommes…
    J’étais amie avec le père d’un homosexuel, il avait de très bonnes relations avec son fils qui lui parlait franchement, il m’a dit que son fils lui disait régulièrement à propos d’un mariage annoncé qu’il était contre nature…
    1. Disons qu’on peut se rendre compte de certaines choses après parfois bien des années. Dans l’histoire on n’a que rarement la vision du père mais on voit qu’il est heureux, enfin. Alors que son mariage avec la mère d’Arvid battait de l’aile depuis longtemps et qu’aucun des deux n’y trouvait finalement son bonheur. (D’ailleurs iels se sont quitté d’un commun accord, bien qu’Arvid impute la séparation à sa mère).

      Néanmoins je peux comprendre la réticence qu’un enfant pourrait avoir dans ce genre de situation et c’est pour ça que je trouve que finalement la réaction et l’évolution d’Arvid sont plutôt bien gérées. Mais ce genre de préjugés sont, d’après moi, presque intégralement dus à la société dans laquelle on évolue. Ça ne devrait pas être plus grave que son père retrouve la joie de vivre dans les bras d’un homme que dans ceux d’une femme. Mais c’est le cas, parce qu’être gay est toujours très mal vu.
      Le fait que le père découvre son homosexualité à ce moment ne remet pas plus en cause ce qu’il a été et ce qu’il voulait il y a 13 ans que s’il quittait la mère aujourd’hui pour une femme plus jeune. D’ailleurs ses questions ne sont pas vraiment soulevées dans le livre. Arvid ne veut pas que on père soit gay surtout parce que ça va jaser, parce qu’il a peur de la réaction de son meilleur ami qui fait des blagues sur les gays régulièrement et aussi pour des raisons qu’il ne comprend pas et qu’il n’arrive pas à exprimer (méconnaissance, préjugés de bases, facilité, pas envie de voir son père changer pour devenir efféminé (ce qui n’arrive pas) et puis aussi le fait qu’il ne s’est pas encore défini lui même sexuellement. Sa puberté tarde, surtout face au meilleur ami viril avec des poils et plus grand que lui, les filles le laissent de glace, etc)

      Aussi, nous n’avons que la vision du gamin et il ne se concentre que sur cet été en particulier, bien qu’il nous raconte quelques épisodes de leurs passé par moment. Il est clair que son père n’est pas devenu homo à ce moment là, c’est quelque chose qui était déjà en lui depuis longtemps (depuis toujours ?) mais que son fis n’avait pas vu. D’ailleurs la mère lui dit vers la fin qu’elle savait qu’après leur divorce il ne se remettrait probablement pas avec une femme.
      Du coup oui, il se peut que le père soit en fait bi avec une plus forte inclinaison pour les hommes, je ne l’avais pas relevé. Mais c’est une erreur courante que de considérer qu’une personne en couple depuis longtemps avec une personne du même genre est homo (ou hétéro dans l’autre sens) alors qu’elle est parfaitement bi mais simplement en couple monogame depuis une paie. (et généralement ça gonfle les concerné.e.s)

      Aussi, par rapport à ce que tu dis, c’est le fils homo qui considérait son propre mariage comme contre nature ? C’est quand même hyper triste que des gens, à force d’être sans cesse rabaissés par la société, en viennent à penser ça d’eux même, à intégrer cette vision qu’on veut leur faire avoir sur ce qu’ils sont et font leurs des mots aussi durs…
      Mais bon, la société est dégueulasse de manière général, et pas qu’avec les homos. Ce qui n’excuse rien, cela dit.

      Une dernière chose, pour appuyer le fait qu’on ne sait pas toujours très bien qui on est jusqu’à un certain déclic : jusqu’il y a 4/5 ans je n’avais aucun doute sur le fait d’être 100% hétéro. Puis, après certains évènements et en lisant de plus en plus de trucs LGBT+, féministes, etc je me suis rendu compte qu’en fait ce que les gens ont entre les jambes je m’en fiche pas mal. Même si je trouve les corps dit « féminins » absolument pas attirants de base j’ai conscience que si je n’étais pas en couple je pourrais développer des sentiments amoureux pour une personne indifféremment de son genre et de son physique. Juste pour ce qu’elle est vraiment, à l’intérieur. Ce qui fait que bien que je sois en couple depuis plus de 10 ans avec la même personne et qu’elle n’ait pas le même genre que le mien je n’en reste pas moins panromantique/pansexuel. Ça n’impactera peut-être jamais ma vie si on reste ensemble pour toujours mais ce sera toujours comme ça.
      Mais ce n’est pas (en tout cas pour moi ça n’a pas été le cas) le genre de truc qu’on intègre en deux jours.

      Ça fait un moment que je pense à faire un article pour parler de ce genre de choses mais ça n’a tellement rien à voir avec les autres trucs sur le blog que je repousse sans arrêt.

      (Je voulais répondre à tous les commentaires ce soir mais en fait je ferais les autres demain…)

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