La Vague [Nouvelle]

La Vague.

Courte nouvelle inspirée d’un rêve.

Le souffle court on s’élance dans l’escalier. Il faut monter aussi haut qu’on le peut.
Il y a des gens partout, affolés. Des touristes avec leurs valises se sont arrêtés, épuisés. Résignés ils regardent par les baies vitrées la vague arriver. Certains sanglotent d’autres crient, une mère étreint la main de son fils qui pleure parce qu’elle le sert trop fort.

Encore un étage. On croise un homme épais en short et chemise à fleurs ouverte sur son torse rembourré. Il transpire à grosses goutes, éponge son front de l’arrière de la main, ce qui a pour effet de relever les mèches blondes qui le couvraient en un épis presque tendance. Il nous regarde passer la bouche entrouverte, le regard hagard.
Sans m’attarder je pose la main sur la rampe suivante et je tire dessus pour me propulser plus vite encore dans la nouvelle volée d’escaliers.
Je ruisselle de sueur, mon t-shirt me colle à la peau, mes cheveux s’accrochent à mes joues, me rentrent dans les yeux et dans la bouche. Et je cours toujours.

Encore un étage. On s’accorde une pause. Chancelants on s’approche de la baie vitrée. Il n’y a personne ici. Je pose mes paumes contre elle avant que mon front ne vienne la percuter à son tour quand le désespoir m’assaille en voyant la vague toucher le pied de notre immeuble.
Une main sur mon épaule me fait me retourner et m’entraine vers les marches suivantes.
Nous ne laissons que quelques traces grasses sur la vitre avant de disparaitre à nouveau.

Sur le palier une jeune femme appelle à l’aide, allongée sur le sol, les jambes bloquées par une horloge ancienne renversée. Nous tentons de la libérer, de soulever l’imposant meuble, le la tirer de là, mais le temps joue contre nous.
Contre toute attente nous parvenons à la dégager et l’horloge fini de s’effondrer dans un vacarme assourdissant quand nous la repoussons.

Nous abandonnons là la fille enfin libérée et avalons encore un étage ou deux.
Je reprends mon souffle sur la rambarde et vois une masse d’eau monter vers nous. Il est trop tard. La fille est toujours où nous l’avons laissée, on ne peut plus rien pour elle, on ne peut probablement plus rien pour nous non plus.
Un regard suffit et nous reprenons notre ascension. L’eau bouillonne quelques deux cent mètres plus bas et nous fatiguons. Elle monte plus vite que nous et nous aura bientôt rattrapés.

Le dernier étage apparait enfin et dans un dernier sursaut d’énergie nous enfonçons la porte du toit.
Devant nous, quelques rescapés nous regardent sortir médusés, espérant aussi que la vague nous talonnant s’arrêtera à temps.

Soudain le ciel se couvre et, en un rien de temps, une vague plus grosse et plus haute encore nous a tous balayés.

Bientôt elle s’écoule contre les murs de l’immeuble, ne révélant plus qu’un toit détrempé et vide de toute vie.

(Rêve du 31 janvier 2016)

 

2 thoughts on “La Vague [Nouvelle]

  1. Je ne m’attendais pas à cela, ta nouvelle m’a pris comme une vague moi aussi …
    Je trouve juste la fin un peu rapide..ou alors aurais-je voulu des rescapés…??!!
    Bravo !

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