George – Alex Gino

George - Alex GinoTitre : George
Roman jeunesse
Pays d’origine :
États-Unis
Thèmes : 
transidentité – enfance
Auteurice :  Alex Gino
Édition : École des Loisirs
Collection : NEUF POCHE
Nombre de pages : 176
Date de sortie :  1 février 2017
Prix : 10,99€ numérique – 14,50€ broché
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Il en dit quoi le résumé ?

Parfois, les gens ne voient pas les choses comme elles sont, mais comme ils croient qu’elles sont. Beaucoup de gens aiment George. Maman est très fière de son petit garçon, Scott aime son « frérot », et Kelly le tient pour son meilleur ami. Mais George sait que les gens ne voient pas qui elle est vraiment. Car, George en a la certitude, elle est une fille. Dès 10 ans.

Et moi, j’en pense quoi ?

Un petit roman dont j’ai pas mal entendu parler ces derniers mois. Avec, au programme, l’histoire de George, une petite fille que tout le monde prend pour un garçon.
Le jour où la maitresse annonce à la classe que les élèves vont jouer une représentation de la pièce « Le petit monde de Charlotte » lors de la fête de l’école une certitude nait en George. Si elle obtient le rôle de Charlotte tout le monde verra qu’elle est une fille. En particulier maman. Mais le monde n’est peut-être pas tout à fait prêt pour ça. Ou en tout cas la maitresse et les parents ne le sont pas.

J’ai aimé que George soit traitée comme une fille dès le début. Pas comme une fille coincée dans un corps d’un garçon. Pas comme un garçon qui a l’impression d’être une fille, même si elle-même utilisera cette tournure à un moment pour se faire comprendre. Mais juste comme une fille qui sait qu’elle est une fille et qui voudrait que les autres le sache aussi.

J’ai beaucoup moins aimé les tonnes de clichés qui reviennent encore et encore tout au long de l’histoire. George est une fille donc elle est touchée par la mort de Charlotte (l’araignée du petit monde de Charlotte) alors que les garçons trouvent tous ça ridicule. Elle aime le rose et voudrait être amie avec les filles en bikini dans les magazines féminins. De manière générale elle est plus sensible, plus fragile, plus émotive, etc. que les garçons de sa classe.

Dis-moi quelle fille tu es, je te dirais quel gloss utiliser.

Alors oui, bien sur que certaines filles (trans ou cis) sont ainsi et ce n’est pas un problème en soi. Le problème vient du fait qu’on a très, très, mais vraiment très peu de représentations de personnages trans dans la littérature (et encore moins dans la littérature jeunesse) et que la quasi-totalité de ceux qu’on a sont identiques. Les filles trans sont des petites choses fragiles qui aiment les paillettes et le maquillage alors que les garçons trans sont de gros bourrins qui… Ah non, autant pour moi. En fait, eux, ils sont juste invisibles.
Je n’ai pas un seul exemple de bouquin ayant pour personnage principal un mec trans. C’est bizarre quand même…

J’aurais presque envie d’extrapoler en allant jusqu’à penser que l’un des thèmes (voire le seul et unique thème) de la plupart des histoires ayant des persos principaux trans est la romance et que la romance n’est lue quasiment que par des filles. Du coup, à quoi peut bien servir d’avoir un personnage mec trans dans la littérature vu qu’il faudrait lui faire vivre autre chose qu’une romance et que, tant qu’à faire, on pourrait alors utiliser dans ce cas un homme cis auquel le lectorat masculin pourra s’identifier sans craindre pour sa virilité et auquel le lectorat féminin le pourra aussi vu que, de toute façon, il a été conditionné depuis l’enfance à apprécier autant voir plus des héros hommes que femmes.
Mais j’extrapole probablement trop. Non ?

Envie de se conformer pour être reconnu.e.

Je pense quand même qu’il y a une volonté de montrer comment les gens peuvent changer en fonction de leur entourage, juste par mimétisme ou par peur d’être rejeté, dans le fait de montrer tous les garçons comme de petites brutes insensibles. Tout comme le fait que les personnes trans ont tendance à s’engouffrer à fond dans les stéréotypes du genre qui est leur mais qu’on ne leur reconnait pas dans l’espoir de paraitre plus légitime. Sauf que dans le premier cas c’est très mal fait et dans le second ça manque soit de lucidité à ce niveau soit de recul.

Parce que oui, si tu es une femme trans mais que tu t’habilles en jeans/t-shirt tout en bricolant sur ta bécane, tu vas obligatoirement croiser des gens qui vont, au choix, te conseiller de rester un mec vu que t’en as déjà les préoccupations ou qui refuseront tout net que tu puisses être une femme vu que si tu en étais une tu t’habillerais en robe et tu glousserais en parlant de Ryan Gosling avec tes copines hypers maquillées.

Tout ça pour dire que oui, je comprends cette envie de faire de son personnage trans un être aussi proche des stéréotypes que possible. Pour l’aider à être pris.e au sérieux. Pour que même les partisan.e.s du « Y a clairement une différence entre les hommes et les femmes. Ils et elles ne pensent pas pareil, c’est tout. » lui accordent une forme de légitimité.
Sauf que je ne peux m’empêcher de me dire que vu le peu de fictions parlant de transidentité sur le marché celles qui ont la chance d’y être devraient être un peu là pour éduquer les gens, aussi. Et je ne pense pas qu’il soit hyper judicieux d’appuyer son propos avec des arguments du style « Les femmes trans sont de vraies femmes. La preuve : Elles aiment les mêmes choses girly et superficielles que les femmes cis. »

Recentrons-nous.

Pour en revenir au bouquin, quand même, l’écriture n’est pas exceptionnelle. On sent que le roman a été écrit pour un (très) jeune public et læ lecteurice adulte s’y ennuiera par moments, que ce soit à cause de la façon dont s’est raconté ou carrément de ce qui se passe.
Malgré les défauts soulevés plus tôt on s’attachera quand même assez facilement à George. C’est une fillette adorable et on ne peut s’empêcher de se mettre en colère envers les gens qui la blessent et qui refusent d’au moins essayer de la comprendre.

Ses discussions avec sa meilleure amie m’ont parfois semblé un peu trop matures pour leur âge (9-10 ans). On pourrait mettre ça sur le fait que certains enfants sont plus éveillés que d’autres mais tou.te.s les gamin.e.s vont utiliser de temps en temps un vocabulaire trop complexe. Ça empêche un peu d’y croire.

L’importance des mots.

Le terme transsexuel est utilisé plusieurs fois au cours du roman et je ne sais pas si la faute doit être imputée à l’auteurice ou à l’éditeur…
Au départ, je pensais que les enfants se trompaient simplement de terme. Vu que beaucoup d’adultes font encore l’erreur ça n’aurait rien de particulièrement surprenant. Sauf qu’à aucun moment iels ne sont corrigés ni ne se corrigent d’elleux même en allant sur des sites internet (ce que pourtant les deux héroïnes font plusieurs fois).

Du coup, si le but était de montrer que trop de gens se trompent en utilisant transsexualité au lieu de transidentité c’est raté, vu qu’à aucun moment la correction n’est faite.
Si l’erreur vient de l’auteurice c’est encore plus triste. Étant concerné.e on serait en droit d’attendre qu’iel ne se trompe pas. Dans un article publié sur le net, à la limite, ça se corrige facilement dès qu’une personne en fait la remarque, mais dans un livre imprimé, qui a dû être relu un certain nombre de fois, ça craint, et pas qu’un peu.

La remarque qui fait grincer des dents.

En me renseignant sur l’auteurice j’ai trouvé ceci sur le site de l’école des loisirs :

George est le premier roman de l’Américain Alex Gino. Cet adulte transgenre ne se définit ni comme un homme ni comme une femme, mais utilise le pronom personnel pluriel « ils » pour parler de sa personne. Militants pour les droits des homosexuels et des transgenres, « ils » ont mis une dizaine d’années à écrire George.

Se renseigner un peu avant de traduire littéralement et stupidement tout ce qu’on lit c’est pas mal des fois. Surtout quand précisément on édite un livre parlant d’une héroïne trans.

Parce que si le pronom neutre est effectivement « they » en anglais, et qu’il se traduit bien par ils (ou elles, au passage…) en français, ça n’a pas beaucoup de sens de le traduire de cette façon dans ce contexte. Si « they » a été choisi par de nombreuses personnes anglophones c’est parce qu’il est neutre justement et qu’il englobe ils et elles. Le traduire en français par « ils » n’a strictement aucun sens. Déjà parce qu’il n’est pas neutre dans notre langue, qu’il exclut « elles » d’office et aussi parce qu’il existe plusieurs autres termes utilisés par les personnes, généralement non-binaire, concernées (mais au fond, par un peu qui veut, ai-je envie de dire). Iel (que j’utilise sur ce blog depuis un bout de temps), ul, ol, illes… En l’absence de décision de l’académie française (toujours à la ramasse) c’est pas le choix qui manque et une simple petite recherche sur quelques sites spécialisés aurait apporté une réponse plus juste que « ils ».

Du coup on peut être content.e que l’héroïne n’ait pas été non-binaire… T’imagine le bordel pour comprendre quelque chose, même aux phrases les plus simples ?

Georges rentra de l’école avec ses deux amies, Juliette et Roméa, et leur petit frère, Mercutio. Elles déposent leurs sacs dans le salon et le petit frère dans le jardin puis Georges les abandonna un instant pour aller dans la cuisine. « Je vais me faire une omelette aux champis, pensèrent-ils. C’est tellement bon avec de jeunes carottes. »
Alors qu’ils préparaient son repas leur frère entra en trombe dans la cuisine.
– Georges, cria-t-il. Où ont-ils caché ma manette de jeux ? Je veux jouer à Mario Kart !
– Je n’ai touché à rien, se défendit Georges. Demande aux autres, dans le salon.
– Je sais que c’est toi, hurla son frère. J’ai reconnu leur parfum dans ma chambre. Avouent ou je mange leurs carottes s’emporta-t-il en attrapant la boite de conserve et en la renversant à moitié au-dessus de son visage, bouche grande ouverte.

Avoue que tout un bouquin comme ça se serait vite lassant en plus d’être parfaitement incompréhensible.

À part ça l’histoire n’est pas mauvaise non plus. Si on a d’autres exemples de persos trans, que ce soit dans ses lectures, son entourage, ses séries télé ou que sais-je, ce livre ne fera pas de mal. L’histoire est gentillette et elle devrait savoir charmer un public très jeune qui n’a pas encore une grande expérience en lecture. Elle pourra même l’inciter à s’ouvrir un peu au fait que les gens sont tous différents. Mais j’insiste, ça ne devra pas rester sa seule rencontre avec une héroïne trans.

En résumé

Points résolument positifs : Une histoire gentille sans trop de prise de tête. Une héroïne agréable et attachante.
Point hélas négatif : Des personnages secondaires un peu toutes et tous les mêmes. Beaucoup trop de stéréotypes de genres. Une écriture pas fofolle, même pour un livre pour enfants.

One thought on “George – Alex Gino

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