Derrière cinq barreaux – Maurice Sachs

Derrière cinq barreaux - Maurice SachsTitre : Derrière cinq barreaux
Essai
Auteur : Maurice Sachs
Édition : Herne
Collection : Carnets de l’Herne
Nombre de pages : 207
Date de sortie :  21 septembre 2016
Prix : 7,50€
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Il en dit quoi le résumé ?

Voici un livre qui n’en est pas un et qui pourrait bien être une des meilleures œuvres de Sachs. Sachs n’écrit pas parce qu’il est en prison il est en prison pour écrire. Carrere duro ? Dolce, aussi : « J’écris, je suis heureux, j’ai enfin retrouvé le calme ». Qu’on n’attende donc pas une œuvre composée, mais un livre (ou plusieurs) à l’état naissant. On sait le charme des esquisses. Il y a plus : suite de fragments achevés, ces pages tirent à la fois parti de la délicatesse du fini et des suggestions de l’ébauche. Il faut, pour certains, avoir pleinement vécu le mal pour sentir ce qu’est le bien.

Et moi, j’en pense quoi ?

Inégal, dérangeant, lunatique.
Voilà comment il serait possible de définir à la fois ce livre et la lecture que je fis de celui ci.

Si j’aime tant les actions Masse Critique de Babelio c’est moins pour le coté livres gratuits qu’elles proposent que pour l’opportunité qu’elles offrent de s’essayer à la lecture de livres que l’on aurait jamais achetés par soi même.
Bien que l’on puisse lire les résumés et choisir les titres pour lesquels on concours, et donc s’éviter toutes déconvenue si on est prudent.e. Je m’autorise à chaque nouvelle session une belle sélection de livres dont la couverture ou le titre me plait, dont le résumé m’intrigue alors que je ne connais nullement l’auteur.e. En gros, de livres que probablement jamais je n’achèterais car il en est toujours d’autres pour me faire plus envie.
Parfois ça me permet de faire des découvertes vraiment formidable. Et parfois moins.

Là où cette lecture m’embête c’est que je ne sais trop dans quelle catégorie la ranger.

Loin d’être un livre traditionnel, nous comptant une histoire, nous instruisant de l’une ou l’autre façon ou nous demandant une interaction, celui ci ressemble davantage à un pèle-mêle de pensées et d’idées couchées les unes à la suite des autres, souvent sans suite logique, dans l’attente d’être reprises et/ou organisées plus tard.

Or ici aucune organisation n’a été appliquée. Aucune des idées n’a pu être développée. L’auteur étant mort peu de temps après s’être arraché le dernier mot de ce gloubi-boulga cérébral.

Tout en contradictions. De la première à la dernière page

Les premières pages, toute la première moitié du livre en fait, sont très indigestes. Entre notes misogynes, antisémites et références biblique à outrance il est extrêmement difficile de s’accrocher, de ne pas mépriser celui qui écrit. Celui qui, bien qu’il prétende avoir une faible estime de lui même, semble au contraire prendre tout le monde de haut à l’exception de ses quelques idoles.

J’ai mis près d’un mois pour lire cette première moitié tant chaque mot m’était pénible et m’ennuyait. Je n’avais aucun empathie pour cet homme prisonnier, cet homme qui semblait davantage rêver sa carrière d’écrivain que la vivre au moment où il noircissait ses pages. (La grosse majorité de son œuvre ne sera éditée et reconnue qu’après sa mort).

Étrangement la deuxième partie fut plus fluide et il m’est même arrivé de comprendre certaines pensées du prisonnier. De l’auteur.
Bien que ces pensées ne s’ordonnent toujours nullement il ressort de certains jets un peu de matière qui me parle.
Parfois j’ai vu où il voulait en venir. Parfois j’ai même été d’accord avec son avis tranché et obstiné. J’ai eu l’impression de l’avoir compris, de l’avoir senti proche de moi.

En même temps…

L’auteur semble admettre qu’il a de nombreux torts et de nombreux défauts. Qu’il est plein de contradictions et de ce fait il est assez simple de se retrouver dans certains de ces écrits vu que nombres de points vus dans la première partie seront repris à l’envers dans la seconde.
Loin de vouloir plaire à tout le monde je crois surtout qu’il ne savait pas très bien ce qu’il était ou même ce qu’il pensait être vrai.

Toujours remettre ses acquis en question est plutôt une preuve d’intelligence

Du coup, est-ce que j’ai aimé ce livre ? Bof. Est-ce que je le relirais un jour ? C’est peu probable. Est-ce que je comprends, au moins en partie, l’état d’esprit nécessaire à l’écriture de telles « mémoires » ? Je pense que oui.
Bien que je sois en désaccord avec l’auteur sur de nombreux points je comprends qu’il en était probablement de même pour lui. Et être en désaccord avec soi même c’est un état que je ne comprends que trop bien.
Cela n’excuse pourtant en rien les propos gerbants que l’on retrouve de ci de là au fil de l’ouvrage. Je ne choisi pas de les ignorer mais faire un procès à leur auteur quelques 60 ans après sa mort ne servirait strictement à rien.

Il est tout de même une chose que j’ai comprise dans la dernière partie de ce non-livre. C’est que certains des écrits qui le composaient résonnaient en moi. Même dans la première partie que j’ai tant détestée. Et que je n’aimais pas le son que produisait leur échos.

Citation

J’ai grand peur que ce que j’écris soit trop intelligent pour les lecteurs médiocres et pas assez intelligent pour plaire aux esprits supérieurs.

Si j’avais un dernier conseil à donner à celleux qui seraient tenté.e.s par cette lecture ce serait : Laissez tomber la présentation de Yvon Belaval. Elle suinte d’élitisme à deux balles et de condescendance. Débuter votre lecture par cela ne vous aidera pas à démarrer sur un bon pied avec Maurice Sachs. Surtout que même sans ça ce ne sera déjà pas simple. Autant ne pas s’ajouter de complications inutiles.

En résumé

Les points résolument positifs : Si au bout d’un moment on accepte de lâcher prise, si on arrive à mettre de coté un instant la personnalité narcissique de l’auteur, ce livre peut donner à réfléchir. Sur soi même, sur le monde ou sur d’autres choses ? Je ne crois pas avoir la réponse.
Les points qui le sont hélas moins : Le coté brouillon, le manque de continuité, les trop nombreuses références biblique, le peu de respect de l’auteur envers les femmes, son égocentrisme.

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