Comment vivre en héros ? – Fabrice Humbert

Comment vivre en héros ? - Fabrice HumbertTitre : Comment vivre en héros
Roman
Pays d’origine :
France
Thèmes : 
tranches de vie – questionnement existentiel
Auteur : Fabrice Humbert
Édition : Gallimard
Collection : Blanche
Nombre de pages : 416
Date de sortie :  17 août 2017
Prix : 21,50€ album – 15,99€ numérique
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#MRL17

Il en dit quoi le résumé ?

Tristan Rivière a été élevé par son père, ouvrier et militant communiste, dans l’idée qu’il devait être un héros. Malheureusement, à l’âge de seize ans, à la première occasion qui lui est accordée de prouver son courage, il s’enfuit. Après dix années de remords et d’humiliation, Tristan se retrouve dans un train au moment où une jeune femme est agressée par une bande. Et la peur d’autrefois l’envahit. Va-t-il enfin se montrer à la hauteur ? Suivant sa réaction, sa vie prendra des directions entièrement différentes… Roman des vies possibles, de ces moments qui décident d’une existence, interrogation aussi sur le couple et la constance de l’amour, Comment vivre en héros ? décrit de façon ironique et tragique le rêve de l’héroïsme et de la pureté dans les sociétés modernes.

Et moi, j’en pense quoi ?

Quand j’ai vu passer le concours des matchs de la rentrée littéraires Priceminister, j’ai hésité. Aucun des titres ne m’attirait, à priori, beaucoup. Par principe, j’ai quand même lu tous les résumés, ainsi que plusieurs critiques pour chacun d’entre eux, et j’en ai finalement retiré quelques-uns qui ne me semblaient, finalement, pas si mal que ça.

Comment vivre en héros était le dernier dans ma sélection. Le thème me paraissait un peu moyen, mais le coté des trois vies possibles mêlées dans une seule histoire m’emballait vraiment. Et puis, j’ai plusieurs fois eu d’excellentes surprises avec des livres qui ne s’étaient, à la base, pas distingués par l’un ou l’autre détail de leur résumé. Je n’avais rien à perdre, en sus, et plutôt tout à gagner. Si ce n’est du temps.

Quand je l’ai reçu, j’ai donc mis de côté ma légère déception en me remémorant cette histoire des trois destins entremêlés qui me semblait si prometteuse. J’ai démarré ma lecture après avoir balayés tous mes a priori, je voulais vraiment laisser toutes ses chances à ce bouquin.

Hélas, dés les premières pages l’accroche n’a pas eu lieu. Je les tournais lourdement (les pages) et désespérais de ne pas m’attacher, ne serait-ce qu’un  peu, à ce personnage insipide et ennuyeux.

Le lâche qui devint un héros ordinaire.Match de la rentrée littéraire 2017

Tristan Rivière a fait une connerie, un jour, alors qu’il était adolescent. Il a laissé son entraineur de boxe se faire démonter la tête par trois costauds qu’il avait provoqué dans le métro. Enfin, une connerie, c’est vite dit. S’il avait agi, s’il s’était interposé, peut-être n’aurait-il pas vécu les années suivantes avec l’impression d’être un lâche, peut-être son père ne le lui aurait-il pas reproché jusqu’à sa mort, peut-être que la fille sur laquelle il avait des vues ne l’aurait pas largué après avoir découvert son crime. Peut-être que sa vie tout entière aurait été différente.
Ou peut-être en aurait-il gardé des séquelles à vie. Peut-être même, aurait-il pris un mauvais coup qui l’aurait envoyé tout droit au cimetière. Comment être sûr ?

Mais cela, il n’aura jamais eu l’occasion de le savoir, car il fut lâche, et toute sa vie sera guidée par cette lâcheté qu’il porte en lui. Parce que Tristan est incapable de tourner la page (ce que j’ai eu beaucoup de mal à faire aussi, et ce, environ 400 fois), parce qu’il se lamente, parce qu’il est fade et qu’il ressasse encore et encore et encore et encore et encore les mêmes choses.
Du moins jusqu’à cette nuit où il va voir une jeune femme se faire agresser dans le train.

Trois destins, 38 secondes pour trancher.

C’est à ce moment, enfin, après nous avoir assommé d’informations ennuyeuses et lourdingues à propos de la boxe, des bagnoles et des communistes, qu’arrive cette partie que j’attendais (enfin, après avoir gouté au style de l’auteur, plus trop, en fait); les trois vies possibles.
Je te la fais courte. Dans l’une d’elles, il laisse la fille se faire trainer hors du train et probablement violer. Dans l’autre, il agit et se prend un coup de couteau dans le bide avant de crever dans une mare de sang. Et, dans la dernière, la vraie, celle de sa pauvre et misérable petite vie de fonctionnaire, il choppe la fille par le bras, la sort du train et cours avec elle sur 30 mètres. Action à laquelle les agresseurs ne s’attendaient pas, ce qui les laisse sur place, la bouche en cœur, et comme ça tout le monde est sauf. Même que la fille, elle tombe sous le charme de son sprinter du dimanche sur le champ et que, peu de temps après, il l’épouse. Même si c’est une bourge, et qu’il n’est que professeur, et que le papa de la belle veut rapidement faire de lui un politicard alors qu’il revendique le fait de n’avoir aucune ambition.

25 pages. C’est tout ce que nous aurons en matière de variation de vie. Alors que, clairement, le résumé nous vendait l’histoire de trois destins entremêlés, cette partie ne dure en réalité que 25 pages sur plus de 400. Bon, allez, si on veut être honnête, il est vrai que vers la fin un événement survient dans la vie de Tristan qui lui fait se demander comment aurait été sa vie s’il était advenu plus tôt. Mais ce ne sont que des conjonctures vides de sens. Le fantasme d’un homme qui se demande s’il aurait quand même rencontré sa femme, et s’il l’aurait aimée, s’il ne s’était pas fait larguer par son premier crush.

Tristan va-t-il devenir maire ? Va-t-il enfin y avoir un peu de suspense dans ce bouquin ?

À partir de là, nous assistons donc au déroulement totalement inintéressant de sa vie. Ses promotions, ses gamins, la révolution qu’il insuffle dans son collège (ou lycée ? Je ne retiens jamais la différence).
En gros, Tristan Rivière, l’adolescent bâché par son père pour sa lâcheté, va devenir un adulte insipide et incolore qui se donne corps et âme à un job qu’il n’a pas choisi, qui délaisse femme et enfants et qui ennuie, mais qui ennuie… Mais qui, à défaut de prendre l’ascenseur qui l’emmènera vers les plus hautes strates de la société, se laisse néanmoins porter par l’escalator du succès, tranquillement et sans trop en faire.

Alors, certes, je comprends l’intention derrière ce titre et cette histoire, comment vivre normalement quand vos proches vous prennent pour un héros (il a quand même sauvé la demoiselle en détresse) mais que vous restez persuadé de n’être qu’un lâche à cause d’une vieille histoire qui refuse de s’effacer totalement. Bien sûr, je peux comprendre la crainte que quelqu’un découvre le pot-aux-roses, que la belle réputation vole en éclats, que la carrière durement acquise s’effondre tel un château de cartes. Mais, comment s’intéresser, ne serait-ce que de loin, à la vie aussi inutile de ce mec sans importance ?
Tristan est chiant. Il a un boulot chiant, une vie de couple chiante, un parcours chiant et une façon de penser chiante. Il est l’antithèse du héros. Il ne prend jamais de vraie décision, il se lamente encore et encore, il se prend pour un idéaliste, mais est incapable de voir plus loin que le bout de son nez.

Tristan Rivière, un héros qui manque cruellement de piquant.

Mais plus que tout ça, encore, c’est lourd. Le rythme est pesant, il ne se passe rien ou presque. Les bonds dans le temps se font de façon tout à fait arbitraire, sans liaison avec l’instant d’avant. Les thèmes secondaires abordés sont étalés des pages et des pages durant alors qu’ils n’apportent rien à l’intrigue principale. L’auteur fait déblatérer ses personnages des plombes durant au sujet des anciens boxeurs, des moteurs à injections et des courants politique. Trois sujets qui me barbent, mais à un point…
Qui en a réellement quelque chose à foutre que Marx ait été un socialiste ou un communiste ? Le mec est mort, j’ai vu sa tombe à Londres et elle n’était ni à gauche, ni à droite du cimetière, plutôt vers le milieu. Est-ce que ça change quelque chose ?

L’écriture est lourde, donc. Jamais (mais vraiment, jamais) on ne s’attache au personnage de Tristan, il apparait comme un gros nul vieillissant qui ne prend que de mauvaises décisions. Ou plutôt, que les décisions les plus ennuyeuses possibles. Si on prend vaguement son fils en pitié, on se fiche complètement de ce que sa fille devient. Et sa femme, parlons en. Elle qui est tombée immédiatement sous le charme du Chevalier Servant et qui s’est contentée d’une misérable petite vie en banlieue pour ses beaux yeux alors qu’elle aspirait à tellement plus. Sa vie est tellement triste. Leur vie, dans leur ensemble, est tellement triste.

Une histoire banale pour une vie banale.

Comment vivre en héros ? c’est un peu l’histoire qu’on a toutes et tous peur de vivre. Une vie sans sens et sans but, où l’on se contente de gravir des échelons posés par d’autres avant nous, de suivre des routes et des codes que l’on trouve futiles, mais auxquels on fini par se plier parce que « c’est comme ça qu’on fait ».
Je n’ai pas aimé Tristan Rivière. Pire, je l’ai détesté. Pas tellement qu’il soit réellement détestable, je crois qu’on croise beaucoup de Tristan Rivière dans une vie et il doit être assez rare qu’on soit pris.e d’une irrésistible envie de meurtre en les côtoyant 10 minutes ou une heure, mais il est tellement fade, tellement interchangeable avec n’importe quel autre couillon chopé derrière un bureau ou sous un parapluie, qu’il en devient détestable.
En fait, je crois que je le hais parce qu’il représente un avenir, ou une possibilité d’avenir, qui me donnerait envie de me flinguer.

Vu de l’extérieur, Tristan Rivière est un héros ou presque. Il a réussi sa vie, à une jolie femme et deux enfants intelligents, sa situation semble enviable et tout un chacun est toujours ravi de lui serrer la main. Mais à l’intérieur, il ne s’agit que d’un robot, un corps vide de toute essence, un homme qui n’a jamais su profiter de ce que la vie avait de plus beau à offrir.

Un rapide mot sur la fin, quand même ? Elle n’avait pas beaucoup de réponses à apporter, vu qu’aucune question n’avait été réellement posée dans le livre, et pourtant elle réussit à ne pas répondre à la seule interrogation qu’il restait à combler. Vu ce manque, probablement justifié par un « mais c’est comme cela que va la vie, voyons. Il n’y a jamais de fin, sauf peut-être une fois le dernier souffle expiré et la dernière pelletée de terre balancée sur le cercueil », je me permets de te donner ma version : Marie referma la porte, éructant un bref, « C’est trop tard, tu devras le faire tout seul. D’ailleurs tu es en veine, ça ne devrait pas te prendre trop de temps. » (spoiler : Ouais, pour moi, les « héros » infidèles méritent juste de crever dans le blizzard. C’est pas cool ? Rien à foutre.)

Le mot de la fin ?

Plus jeune, je pensais que la Collection Blanche, c’était des livres pompeux où il ne se passe rien et qui encourage l’élitisme littéraire puant. Aujourd’hui, je découvre qu’elle est plutôt beige (…) et je sais que je me fourvoyais, mais, si je décidais de laisser parler ma mauvaise fois (et, comme chez tout le monde, elle a plutôt tendance à vouloir s’exprimer, et fort encore, quand quelque chose me contrarie), ce genre de bouquins pourrait me conforter dans l’idée que je n’avais pas totalement tort…
Du coup, la rentrée littéraire, pour cette année, c’est fait, je pense que ça n’ira pas plus loin pour moi. Et pour les prochaines années, ce sera peut-être bien sans moi du tout.

En résuméDéfi lecture 2017

Points résolument positifs : deux-trois bons mots qui m’ont quand même fait marrer (bien que je me demande si c’était vraiment leur but ?).
Point hélas négatif : Tristan est chiant, il ne se passe RIEN, zéro attachement ou empathie envers le héros ou même un autre personnage. Le style est lourd et c’est long, mais long…

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2 thoughts on “Comment vivre en héros ? – Fabrice Humbert

  1. C’est intéressant de lire ton ressenti sur ce livre que j’ai également lu dans le cadre des Matchs de la Rentrée Littéraire (d’ailleurs comme toi ce n’était pas mon 1er choix et je ne l’aurais pas lu si on ne me l’avait pas envoyé). Comme tu l’as vu j’ai plus apprécié que toi, même si ce livre n’a pas été un coup de coeur…

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