(Bon)homme de pluie – un conte de Noël (partie 2)

Annonce (10/12/16)

Comme pour la première partie celle ci n’a pas été relue depuis l’année dernière. Elle n’est là que pour satisfaire votre curiosité.
Bien sur elle forme un tout avec la partie 1. Quand la suite sera terminée, relue et corrigée, celle ci se verra aussi subir le même sort en vue d’une sortie un peu plus propre (probablement en epub, pdf, etc. pour plus de confort de lecture)

 

Hey, tas de rennes en pâte à modeler !

C’est déjà le 25 ! Et la voilà , comme promis, la suite et fin de l’histoire de Noël.
Comme d’hab je suis à la bourre et il reste très certainement des fautes ici ou là (ou plus probablement ici et là…). Je relirais encore le texte dans les jours à venir pour essayer d’en virer un maximum mais comme il était promis pour aujourd’hui je tenais à vous le proposer comme prévu.
Je me rend compte que toutes les parties ne sont pas de qualité égale… Il y a des choses que j’aurais voulu changer dans la première partie pour que celle ci soit meilleure mais comme elle a déjà été publiée je ne peux plus. Tant pis. J’espère que cette suite vous plaira et bien sur je vous souhaite à tou.te.s un très joyeux Noël.

Lien direct pour lire la première partie (clic)

 


Ce matin là Sam fut sortit de son sommeil dés potron-minet par Gianni qui se lança sur lui depuis la porte qu’il venait d’ouvrir en grand.
Comme tous les matins depuis que l’adolescent l’avait recueillit dans le jardin.
– Saaaamy ! Debout ! On a une grosse journée devant nous.
Gianni se roulait dans les draps, poussant un peu plus Sam vers le bord du lit et une chute inévitable à chaque instant. Le jeune homme grommela, mis un coup de pied fort mou à l’intrus et remonta sa couette par dessus la tête.
– J’ai prévu la meilleure journée qui soit alors tu vas te lever immédiatement, Samuel ! Le harangua Gianni. Le coussin voltigea dans l’air et s’abattit sur le crâne du brailleur dans un accès de rage.
– Ta gueule ! Ne m’appelle pas comme ça.
Sam s’était redressé un peu et avait enfin les yeux bien ouvert, ce qui fit s’épanouir un sourire sur le visage de Gianni.
– Enfin, tu es réveillé ! Allez, vient manger.

La maison était incroyablement animée depuis l’arrivée de Gianni. Le jeune amnésique débordait d’énergie et cela contrastait durement avec le flegme naturel de Sam.
Le premier matin ce dernier s’était réveillé en se demandant s’il n’avait pas imaginé tout cela, le sauvetage, la crise qui s’était finalement réglée assez vite, le diner que l’étranger avait préparé pour eux deux avec les quelques bricoles que Sam avait achetées sans trop savoir comment il allait les manger, les discutions autour des pizzas surgelées et de la buche en cake au citron, l’incroyable courant qui était passé entre eux durant cette soirée.
Il s’était tellement ennuyé pendant une semaine qu’il s’était demandé ce matin là s’il ne s’était pas inventé un ami imaginaire pour s’empêcher de passer Noël tout seul.
Puis Gianni avait ouvert la porte de la chambre et s’était jeté dans son lit depuis le seuil dans l’intention de le réveiller. S’en était suivit des cris, des coups de pieds étouffés par les draps et une journée étrange où le jeune homme avait naviguer entre fascination, dépit et amusement.

Gianni regorgeait d’idées pour faire passer le temps. Ils avaient joués à quelques jeux de société trouvés dans la minuscule bibliothèque de la grand mère, ils étaient sortit faire un footing presque tout les matins, ils avaient été faire les courses, ils avaient cuisinés ensemble, ils avaient bien rigolé et surtout il avaient beaucoup discuté. Même s’il ne se souvenait pas de sa vie ou de ce qu’il faisait là Gianni avait un avis sur beaucoup de choses. Il semblait aussi s’être passionné à une époque pour les légendes anciennes car il en connaissait bon nombres, bien qu’il ai totalement oublié comment il les avait apprises, et il décida d’en conter une chaque soir à Sam avant de le quitter pour s’enfermer dans la chambre de la grand mère qu’il avait accepté d’occuper momentanément sous serment de ne toucher à rien.
Et ce matin il avait décidé d’un programme plus ambitieux que les autres jours. Au cours d’une de leurs sorties matinales il avait repéré un sentier menant vers la falaise et il souhaitait aller s’y promener avec son jeune ami. Il avait du en parler non stop pendant trois heures l’après midi précédent pour faire plier Sam à sa volonté.
Car Sam n’était pas vraiment un garçon d’extérieur, il n’avait rien contre un footing d’une demi heure ou une balade sur terrain plat mais un trekking en montagne ça le dépassait un peu. Gianni, lui, ignorait s’il était d’avantage taillé pour l’extérieur mais ce qu’il savait c’est qu’il voulait vraiment s’aventurer dans la montagne pour une journée d’expédition.
Ils avaient donc déjeuné, enfourné quelques casse-croutes dans des sacs à dos, chaussé des bottines trouvées à la cave et avaient emprunté le petit sentier menant à la montagne.
Si Sam avait d’abord trainé des pieds, exténué rien qu’à l’idée de devoir marcher autant, il avait vite du admettre que la balade était plus sympa que supposé. Ils avaient aperçus quelques biches, un renard et même une famille de lapins qui se trouvaient sur le sentier et qui avaient décampé à leur approche. Cerise sur le gâteau la pluie s’était enfin arrêtée et bien qu’ils soient forcés de patauger régulièrement dans la boue au moins avaient-ils le corps au sec.

Vers 13h ils s’arrêtèrent dans un endroit plutôt rocailleux. Sam se laissa tomber sur un gros cailloux sec, libéra ses bras du sac à dos et étendit ses longs membres devant lui. Il n’était pas vraiment fatigué mais le fait de pouvoir s’assoir et déchausser ses bottines pas tout à fait à sa taille et surtout très vieilles et raides lui mettaient un peu de baume au cœur. Il défit ses lacets, libéra ses pieds et sentit une onde de plaisir lui remonter le long la colonne vertébrale quand il agita ses orteils. Il jeta ensuite un œil distrait autour de lui, remarqua  Gianni qui se vidait la vessie un peu plus loin, ne vit personne d’autre et n’entendit rien d’autre que le bruit du vent dans les buissons et le chant des quelques rares oiseaux, qui avaient du rater la migration se dit t-il. Reculant ses fesses jusqu’à un cailloux plus petit mais plus lise il s’adossa à la paroi de la falaise. Elle était humide mais sa veste était imperméable, il n’avait rien n’a craindre de ce coté là.
Alors que son ami revenait vers lui Sam l’observa se déplacer. Il avait le pied sur, où qu’il le pose jamais il ne vacillait, même sur les pierres les plus affutées ou branlantes, pourtant ce n’est pas ça qui retint l’attention de l’adolescent mais sa dégaine de façon plus générale. Il avait beau se comporter comme un enfant dans l’intimité de la maison, quand il perdait à un jeu, le matin en sautant dans son lit ou encore quand il racontait ses histoires le soir mais Samy devait bien admettre qu’il faisait adulte. Il faisait terriblement adulte même, par moment, comme à cet instant précis alors qu’il menait la randonnée, donnant l’impression de parfaitement savoir ou il allait et ce qu’il faisait, se tenant droit, sa carrure accentuée par la grosse veste qu’il avait sur le dos, le regard franc et la bouche rieuse. Et tout cela malgré le fait qu’il ai tout oublié de son passé. Sam l’enviait. Il avait beau avoir presque 19 ans il se sentait toujours aussi adolescent dans sa tête et physiquement. Combien d’années pouvait-il y avoir entre eux deux ? Peut-être pas tant que ça au fond, peut-être était-ce juste lui qui avait vraiment l’air d’un gamin. Ou alors, encore plus qu’il ne le redoutait, son nouvel ami faisait peut-être très jeune lui aussi et avait peut-être quarante ans passé. Il n’aurait su le dire et il fut de toute façon sortit de sa contemplation par une pichenette sur le front. Il s’écarta rapidement de coté, toute fuite en arrière étant rendue impossible par la falaise, et protesta en repoussant l’autre du plat du pied.
– Ça fait mal, abrutit.
– Tu me regardais comme si tu allais me bouffer. Je m’inquiétais, moi.
– N’importe quoi.
Gianni, qui n’avait pas bougé malgré les assauts répétés des pieds en chaussettes de ski, fouilla dans son sac et le laissa tomber quand enfin il trouva l’objet recherché. D’un geste rapide et enthousiaste il se pencha vers Sam et lui pinça le nez. La réaction ne se fit pas attendre et ce dernier ouvrit la bouche pour crier son mécontentement.
– Mais t’es c-
Trop tard. La suite fut étouffée par un morceau de brownies qui venait de lui être enfourné entre les dents.
Sam toussa, cracha les reste du biscuits au visage de Gianni et se releva d’un bon.
– Ce que t’es con !
Il le passa gentiment à tabac, regrettant presque qu’il n’y ait pas de boue à cet endroit, ayant pourtant bien envie de lui en tartiner un peu la tête. A défaut de neige…
Il cassèrent la croute assez rapidement, Gianni étant persuadé qu’ils pourraient accéder à un point leur permettant de voir la maison d’ici une heure à tout casser.
Sam supposa qu’il voulait voir l’endroit d’où il aurait hypothétiquement pu tomber dans le jardin même si personnellement il avait rayé cette option assez rapidement.

Ils reprirent donc bien vite la route mais avant d’arriver à l’endroit prévu la pluie se mit à tomber. Fine et acceptable au début mais plus vigoureuse au bout de vingt minutes. Redoutant une possible tempête ils choisirent de faire demi tour, abandonnant, pour l’instant, l’idée de voir la maison du haut.

Ils marchaient depuis un quart d’heure tout au plus quand la pluie se mit soudain à tomber beaucoup plus fort, obscurcissant le ciel et rendant le sol glissant. Les garçons se mirent à courir en se protégeant le visage de leur bras. Il passèrent sur un sentier protégé en partie par des grands arbres, Sam proposa qu’ils s’y arrêtent le temps de laisser passer le plus gros de l’averse mais tous deux convinrent de laisser tomber cette idée quand les premiers éclairs se mirent à zébrer le ciel. D’un même mouvement ils se remirent en marche, sautant au dessus des rochers, enjambant les torrents d’eau boueuses se formant un peu partout, se rattrapant mutuellement en cas de trébuchage. Jamais Sam n’avait vu les éléments se déchainer ainsi, ou plutôt jamais il n’avait été dehors lors d’une telle tempête.
Ils étaient encore à plusieurs heures de la maison et ils commençaient à comprendre qu’ils n’arriveraient pas à  terminer le chemin qu’il leur restait à faire au pas de course et sous les trombes d’eau. Il leur fallait trouver un abris mais ni l’un ni l’autre ne connaissait la montagne. Il était certain qu’elle devait receler au moins l’une ou l’autre cabane à destination des randonneurs, chasseurs ou autre garde-forestier mais encore fallait-il tomber dessus, ce qui aurait été un sacré coup de chance.

Sam commençait à fatiguer et, malgré son bras passé en travers de son front pour se protéger de la pluie, les milliers de petites goutes qui lui martelaient les paupières depuis une heure commençaient à sérieusement lui irriter les yeux.
Il ne se rendit pas compte tout de suite qu’il courait seul et ce n’est qu’en se retournant pour s’assurer que son ami le suivait bien qu’il remarqua son absence. Aussitôt il cria son nom « Gianni ! Gianni ! » mais personne ne lui répondit. L’espace d’un instant il se mit à stresser, et s’il avait disparut comme il était arrivé ? Après tout il faisait un temps tout aussi moisi quand il l’avait rencontré. Franchement inquiet à cette idée bien qu’il ne pu s’empêcher de la trouver idiote il revint sur ses pas, plus doucement et toujours en criant après celui qu’il considérait d’or et déjà comme une personne importante à ses yeux.
C’est vrai, ils se connaissaient depuis moins d’une semaine mais le courant passait vraiment bien entre eux, il l’appréciait sincèrement et se rendit compte à cet instant qu’il espérait vraiment que ce soit réciproque.
Il accéléra sa course et intensifia ses hurlements. Il refit le chemin inverse jusqu’au point où il était sur d’avoir vu Gianni pour la dernière fois, un ruisseau qui commençait à déborder et où il avait agrippé le bras du jeune homme pour l’empêcher de tomber dedans après qu’ils aient sauté au dessus de l’eau bouillonnante.
Il se remit à courir, quittant parfois le chemin, criant aussi fort que le lui permettait l’orage qui grondait férocement désormais. « Gianni ! Gianni ! Où tu es ? Gianni ! » Au bout de quelques minutes il ne savait plus ni où il était ni ce qu’il devait faire. Il déraillait complétement, terrorisé à l’idée de perdre ce garçon quand soudain, au loin, il lui sembla qu’on criait son nom. Il s’arrêta, écouta et quand son prénom résonna une fois de plus s’élança  dans la direction d’où semblait provenir le son.
Il dévala une pente assez raide et se retrouva dans la clairière rocailleuse où ils avaient déjeuner plus tôt. Là bas il n’y avait aucun arbre pour le proteger du vent et de l’averse et il était difficile d’y voir à plus d’un mètre si bien qu’il posa la main gauche sur la paroi rocheuse et qu’il continua son avancée ainsi, un peu en crabe, pour éviter de trop s’approcher du bord avec une vision aussi mauvaise.
Il cria encore un peu le nom de son ami, espérant être partit dans la bonne direction, fébrile mais aussi un peu plus désemparé à chaque pas de ne pas entendre son nom en retour.
Il avançait depuis quelques minutes quand une main l’agrippa au col et le plaqua contre la paroi. Presque au même instant une autre se referma sur son biceps et tout en le tirant vers le haut le dirigea vivement vers une crevasse. Son ouverture se trouvait à plus d’un mètre du sol, ce qui expliquait pourquoi il ne l’avait pas sentie avec la main, et elle était juste assez large pour qu’il puisse se glisser à l’intérieur.
Ses yeux n’eurent pas le temps de s’habituer à l’obscurité que les mains les lâchaient et qu’une lampe torche lui fut braquée dans les yeux.
– Mais t’étais où ?
– Gianni ?
– Je t’ai dis que je me souvenais avoir vu une ouverture par ici mais quand je me suis retourné t’étais plus là !
– Gianni…
Le jeune homme se tut et regarda son ami. Son visage, battu par le vent et les goutes cinglantes était rouge et constellé de perles de pluie, il était essoufflé et semblait sur le point de pleurer. Gianni ne su s’il pouvait le vanner sur cela, son visage étant si sérieux, mais avant même qu’il n’ai pu songer à ouvrir la bouche Sam explosa.
– Mais merde ! Il le repoussa d’un coup dans l’épaule, le faisant se cogner contre la paroi du mince interstice. J’ai cru que t’avais disparu, pauvre con ! Je me suis inquiété à mort ! Ni dans ses yeux ni dans son timbre ne subsistait le risque de larmes que Gianni avait pensé avoir détecté quelques secondes avant. Sam n’était plus que colère et rage. Il poussa encore l’homme, l’adossant au fond de la cavité. Tu pourrais très bien disparaitre comme t’es arrivé ! Merde, G, merde !
– Sam…
– Ça pourrait arriver. Ça pourrait arriver, pas vrai ?
– Samy, je-
– Réponds, Gianni ! L’adolescent crispa les mâchoires, un mélange de réconfort et d’inquiétude lui étreignait l’estomac et il ne comprenait pas pourquoi cette prise de conscience le mettait dans cet état. Il avait envie de frapper le jeune homme qui visiblement ne se rendait pas compte à quel point il l’avait fait stresser mais en même temps il luttait pour ne pas l’étreindre.
– Non. Oui. J’en sais rien. Gianni baissa les yeux, malgré la pénombre et la lampe torche désormais braquée vers leurs pieds il ne pouvait soutenir son regard. J’en sais rien… Tu en sais autant que moi sur moi. C’est… Sa voix s’enrailla et il ne pu terminer sa phrase.
En sentant la détresse de celui qui, il l’avait oublié alors qu’il lui criait dessus, ne se rappelait de rien concernant sa vie et remontant à plus de cinq jours, Sam comprit à quel point il avait été égoïste et, pour changer, terriblement infantile. Il sera les dents, se faisant horreur, ne pouvait-il pas devenir adulte et arrêter de se comporter comme un enfant, de s’emporter sans penser aux autres ?
Maladroitement, en hésitant mille fois, il tendit les bras vers l’homme acculé et, effleurant ses cheveux du bout des doigts alors qu’il manœuvrait sa grande carcasse dans l’étroit boyau, il passa ses bras dans le cou de Gianni et l’attira à lui. Le museau enfouit dans la nuque de l’homme il lui bredouilla des excuses et il réprima de tout son être la chaleur qui s’épanouit dans son ventre quand, enfin, les bras de son ami se refermèrent dans son dos.
Ils restèrent enlacés ainsi de longues minutes pendant lesquelles aucun d’eux n’osa bouger alors qu’au dehors la pluie et l’orage redoublaient d’intensité.

Au bout d’un moment qui leur sembla à la fois très court et incroyablement long ils se relâchèrent, laissèrent échapper quelques rires mal à l’aise et se mirent à attendre une accalmie. Ils restèrent là de nombreuses heures, si bien que la nuit tomba et qu’il leur devint de plus en plus difficile de se trouver une position qui resta confortable plus de quelques minutes. Sans cesse ils se levaient, s’accroupissaient, s’asseyaient, reconnaissant de ce que la crevasse se trouve surélevée par rapport au sol ce qui leur permettait de s’y assoir au sec, puis recommençait, encore et encore.
A 20 heures passées, alors que la nuit était totalement tombée, hiver oblige, que l’orage ne s’était pas calmé d’un Beaufort et qu’ils s’étaient résolus à passer la nuit là dedans Gianni s’assit dans le fond de la grotte et étendit ses jambes entre celles de Sam au point qu’elles dépassaient désormais presque à l’extérieur.
– Te gène pas surtout, prends toute la place. Se plaignit celui ci qui commençait vraiment à se sentir à l’étroit, ajoutant à part lui, c’est pas comme si on en manquait…
Pour toute réponse le jeune homme tapota ses cuisses puis, au bout de quelques secondes ajouta :
– J’en ai marre de bouger de partout pour faire moins de vingt centimètre au total. On a autant de place que des poules pondeuses ici dedans, essayons plutôt de dormir. Il ne fait pas très froid, avec nos vestes on ne risque rien et avec un peu de chance ça se sera calmé demain. Sam le dévisagea comme s’il avait perdu la tête.
– Tu veux que je dorme…. entre tes jambes ?
– Oui.
– Sur tes cuisses ?
– Ben, je voyais plutôt contre mon torse en fait, histoire que tu ne dépasses pas non plus. Mais tu te mets comme tu veux, au fond.
Sam grimaça en repensant à ce qu’il avait ressentit dans les bras de Gianni quelques heures plus tôt. Pouvait-il dormir tranquillement tout contre lui sans craindre de ressentir à nouveau la même chose ? Il voulu tout d’abord refuser et il se retourna vers l’ouverture de la faille, la nuit était d’un noir d’encre et les seuls sons qui leur parvenaient était ceux de la tempête qui faisait rage. La paroi qui courait tout autour de l’entrée de la minuscule grotte était ruisselante et Sam savait qu’ils avaient de la chance que le vent ne souffle pas dans leur direction, sans quoi leur abri aurait été inondé. Il passa la main sur la pierre froide et ferma les yeux. Oui un peu de sommeil lui ferait du bien, même si ce n’était que d’un œil et sur une surface incroyablement inconfortable, de toute façon ce n’était pas comme si beaucoup d’autres activités s’offraient à eux. Et oui il avait envie de se blottir contre le jeune amnésique, de sentir sa chaleur, sa respiration et peut-être de faire renaitre les papillons de feu dans son ventre.
Sans un mot il se retourna simplement, s’assit entre les cuisses offertes et les sentit se refermer légèrement contre lui à cause de l’exiguïté de leur cachette. Il hésita un peu avant de s’appuyer contre le torse emballé dans une veste dissimulant tout de son anatomie mais fini par céder quand son regard croisa la bouche souriante du jeune homme.
Pendant plusieurs minutes aucun des deux ne dit rien, si bien que quand Gianni rompit le silence ce fut pour annoncer qu’il éteignait la torche, histoire d’économiser ses piles. Il la posa entre sa cuise et le bassin de Sam, en contact avec les deux, comme cela ils pourraient tout deux la trouver rapidement en cas de besoin.
Sam se contenta d’acquiescer et retint sa respiration quelques secondes quand l’obscurité se fit totale.
Et c’est ainsi qu’emmêlés dans leur refuge, cachés au yeux du monde, ils s’endormirent rapidement.

Quand Sam se réveilla l’aube ne pointait pas encore à l’horizon, en revanche l’orage était passé, laissant juste derrière lui une fine pluie glacée. L’espace d’un instant le garçon angoissa en ne reconnaissant pas la chambre d’ami de la maison de sa grand mère. Mais rapidement la mémoire lui revint, l’orage, la grotte, le garçon contre qui il s’était endormit et dont il sentait le souffle dans ses cheveux… Il se dégagea juste assez pour attraper la lampe torche et l’alluma. A cause de la position dans laquelle il avait dormit son corps était complètement endolori et il vit, plus qu’il ne sentit, le bras de Gianni, celui contre lequel il était adossé, lui enserrer la taille. Du bout des doigts de sa main libre il caressa la grande main posée sur son ventre, se demandant quelle signification donner à cet élan d’affection. Il regrettait que son manteau soit à ce point épais, il l’empêchait de sentir directement le contact de ce poids qu’il devinait si agréable. En pleine contemplation des longs doigts fins il se mit à imaginer quelles sensations il ressentirait s’ils étaient posés à même sa peau, s’ils effleuraient son torse de la même manière qu’il les effleurait lui même en ce moment. Il se mit alors à frissonner, à sentir son dos se couvrir de chair de poule et, craignant d’avoir trop bougé, il se retourna vers le visage, espérait-il, toujours endormi de celui qui, il finissait par l’admettre, faisait de plus en plus battre son cœur.
Or Gianni n’était plus du tout endormi, ses yeux foncés rendu légèrement brillant par le halo de la lampe torche fixaient Sam intensément. Celui ci eu un mouvement de recul quand il s’en rendit compte, depuis quand l’observait-il ? Il cessa ses caresses sur le champ et voulu retirer sa main mais celle de Gianni fut plus rapide, elle se retourna et enserra la sienne. Sous le coup de l’émotion Sam ne comprit pas ce qui se passait. Il libéra sa main et se remit debout en chancelant à cause des fourmis qui courraient dans ses articulations. Il bredouilla « P-Pardon… » et sortit en emportant la torche, laissant Gianni seul dans le noir le plus complet.

Des aller-retours dans les cailloux, le cœur qui bat la chamade, les yeux qui picotent et les joues en feu. Comme l’horizon d’ailleurs, qui se parait doucement de ses couleurs matinales. Sam était perdu. Gianni l’avait vu lui caresser la main, il l’avait senti aussi, qu’avait-il du penser ? Qu’allait-il dire ? Il n’oserait plus jamais le regarder en face. D’ailleurs le garçon ne voudrait peut-être même plus partager la maison avec lui. Il devait partir. Fuir. Loin. Ou au moins jusqu’à la maison. Et là il s’enfermerait dans sa chambre jusqu’à ce que tout soit oublié. Ou jusqu’à ce que son ex-ami lui annonce qu’il s’en allait aussi loin de lui que possible.
Le jeune homme perdait complètement les pédales à tourner et retourner sous la pluie en face de la grotte. Finalement il pivota une dernière fois bien décidé ce coup ci à courir jusqu’à la maison en abandonnant Gianni. Mais quand il se retourna, prêt à prendre la fuite, il se heurta de plein fouet à l’homme qui était lui aussi sorti des ténèbres de la faille.
Tout en reculant de quelques pas Sam bredouilla :
– Gianni… Je- Non. Enfin, je… J’ai rien…
– Sam attend, je-
– Non. Je ne voulais pas, je t’assure. Je suis désolé. Encore.
– Sam…
Toutes sortes d’images se bousculaient dans la tête de l’adolescent alors qu’il regardait son ami tendre les mains vers lui, dans la même posture qu’il avait eu lui même lors de leur rencontre. Il revoyait le corps dénudé du jeune homme, ressentait sa main sur son ventre ainsi que son corps contre le sien, ce matin bien sur mais aussi tous les autres matins au réveil quand Gianni avait sauté dans son lit. Lors de ces moments là il ne s’était pas rendu compte de ce qu’était ce sentiment qui montait en lui, il n’avait pas compris qu’il attendait ces réveils brutaux pour le contact bref mais pourtant bien présent qu’ils représentaient.
Et ce matin, sous les ténèbres fuyantes, la torche braquée sur le torse de cet homme qui était encore un inconnu une semaine auparavant, il était pris d’une furieuse envie de lui sauter au cou pour l’embrasser. Inconsciemment il passa sa langue sur ses lèvres dans un mouvement rapide et anxieux. Il tenta de se contrôler mais c’était trop difficile de lui faire face de la sorte. Il n’était pas un bon ami. En plus d’être un gamin impulsif et stupide il ne méritait pas l’amitié d’une personne qui, tel que Gianni, s’en remettait totalement à lui. Il grimaça et se retourna quand il sentit ne plus pouvoir contrôler ses larmes. C’est en retenant au mieux ses sanglots qu’il avoua.
– Je suis désolée. Gianni, je suis désolé… Je voulais pas-je-je pensais qu’on était amis mais…Oh merde. Gianni, pardon…
Il hoqueta de surprise quand les mains de Gianni se posèrent sur ses épaules et quand celui ci lui susurra à l’oreille « Je ne veux pas être ton ami, Samy. » il ne pu empêcher deux grosses larmes de s’échapper de ses yeux.
– Je suis tellement désolé…
– Non. Tu ne comprends pas.
En exerçant une pression plus forte sur les épaules de Sam Gianni le fit se retourner face à lui. Il se baissa un peu pour capter son regard alors qu’il était fixé sur le sol et il reprit.
– Je ne veux pas être ton ami, Sam. D’un mouvement lent il approcha son visage, Sam, ayant un peu perdu le sens des réalités et ne comprenant pas ou il voulait en venir ferma les yeux, libérant pas la même quelques larmes supplémentaires. Quand la bouche de Gianni se colla à la sienne il n’y cru d’abord pas. Quand leur fronts entrèrent en contact il ne broncha pas.
– Pas ton ami…
Mais quand Gianni l’embrassa une seconde fois il s’autorisa à lui rendre son baiser.
Le soleil avait quitté l’horizon désormais et la pluie avait presque cessé. Les garçons étaient fourbus, fatigués et moites de l’humidité de la grotte couplée à l’épaisseur de leurs vêtements mais aussi excités et heureux de s’être enfin trouvés.

Le chemin du retour leur sembla très court pourtant ils n’arrivèrent à la maison que vers 9h. Tous deux se dirigèrent vers une salle de bain et ils s’octroyèrent chacun un long et bon bain.
Quand Sam sortit de la salle de bain du rez de chaussée il trouva Gianni torse nu sur le divan, un livre à la main. L’envie de toucher ce torse, ses épaules et ses bras nus fut forte mais l’autre attrapa sa main avant qu’il n’ai pu se laisser aller à ses pulsions.
– T’as l’air d’un mort-vivant. Viens, on va dormir quelques heures.
Sur le palier des deux chambres Gianni posa la main sur la clinche de celle de la grand mère et, avec une légère gène dans le regard, il souhaita bonne nuit à Sam. Celui s’empara alors de son autre main et la porta à ses lèvres qu’il frotta simplement contre dans une caresse surtout faite de réflexion. Au bout d’un moment il demanda simplement.
– Tu dors avec moi ?
Gianni sembla hésiter, son regard passa d’une porte à l’autre, mais quand ses yeux accrochèrent finalement ceux de Sam il répondit simplement « Oui » et, main dans la main, ils entrèrent dans la chambre d’amis.

La seconde semaine de leur cohabitation et leur première en tant que couple se déroula à merveille. Ils étaient jeunes, fougueux, passionnés et au bout de six jours on aurait même pu dire un peu amoureux et aucune de leur journée ne se ressemblait. Ils n’étaient pas retournés dans la montagne mais avaient fait nombre d’autres choses. De plus chaque matin ils se réveillaient ensemble, dans le même lit, et cela leur procurait plus de plaisir que n’importe quoi d’autre.
Et ce matin là justement, et comme bien souvent, Gianni fut le premier à ce réveiller. En glissant une jambe hors du lit il trouva l’air plus froid qu’à l’accoutumée. Un regard lancé dehors par un interstice entres les rideaux lui appris que le ciel était d’un blanc éclatant au lieu du gris sale auquel il s’était finalement habitué. Cela le motiva à sortir du lit et quand il écarta la tenture son visage se décomposa. Il savait que ça arriverait mais ces derniers jours le lui avaient un peu fait oublié.
– T’es déjà debout ? Marmonna Sam qui venait de l’apercevoir. Il se passe un truc dehors ?
– Tu devrais venir voir par toi même. Tu vas aimer, je crois.
L’expression sur le visage de Gianni avait changé du tout au tout. Il semblait rayonner la joie de vivre. Il passa un bras autour des hanches de son cadet quand celui ci s’approcha de la fenêtre.
– De la neige ! Merde alors, j’y croyais plus ! Gianni caressa Sam d’un regard tendre alors que celui ci parcourait l’immense étendue blanche du regard.
– On va pouvoir le faire ton bonhomme. Sam se retourna vers lui en souriant naïvement.
– Bah, c’est pas obligé tu sais. Je disais surtout ça parce qu’il n’y avait rien d’autre à faire.

Ils s’habillèrent, mangèrent et sortirent bien emmitouflés dans de grosses doudounes.
L’avant midi fut consacrée à la réalisation d’un bonhomme, un chien et un cygne de neige alors que l’après fut totalement occupée par la construction d’un igloo presque plus vrai que nature.
– La vache ! Mais t’es super doué ! J’ai l’air d’un nul moi à coté… T’as appris ça où ?
Les questions fusaient du coté de Sam qui découvrait que son petit ami était un véritable artiste glacier. Le jardin n’avait jamais été aussi joli, Sam était même persuadé que des gens seraient prêt à payer pour avoir de tel sculpture éphémères chez eux.
– T’as jamais pensé à en faire ton métier ? Sérieusement, c’est méga classe !
Mais Giannni avait juste répondu qu’il ne se voyait pas passer sa vie à faire ça ou a travailler tous les jours dehors par de telles températures.
Après ça ils rentrèrent, se douchèrent ensemble pour se réchauffer et préparèrent le meilleur repas qu’ils aient jamais mangé depuis leur début.

Cette nuit là Gianni attendit que Sam s’endorme, il lui déposa un baiser sur le front et pour la première fois lui avoua « Je t’aime. Je t’aime si fort… ». Ensuite il s’éclipsa sans un bruit. Il descendit les escalier avec mille précautions pour ne pas les faire grincer et une fois en bas sortit dans le jardin.
Et il se mit à attendre.

Le temps lui semblait long mais en même temps il était persuadé que ce qu’il attendait viendrait bien trop tôt.
Debout au milieu du jardin il ferma les yeux, déposant une nouvelle prière auprès de toutes celles qu’il avait déjà faites depuis 15 jours quand une voix le fit sursauter.
– Je ne t’ai jamais dit que je voulais faire un bonhomme de neige !
Sam. C’était Sam. Non. Il devait retourner se coucher, il ne devait pas voir ça. Gianni se retourna et se retrouva nez à nez avec celui qu’il aimait, celui qui représentait 100% de son univers. Mais aussi celui qu’il avait trahit.
– Je ne te l’ai jamais dis parce qu’en fait je n’ai fait que le penser. Et toi t’es arrivé juste après.
– Sam…
– Explique moi comment tu peux savoir une chose que je n’ai fait que penser.
– Sam, je-
– Explique moi !
– Tu ne me croirais pas…
– Essaye toujours.
Gianni ouvrit la bouche pour protester, la referma, supplia Sam du regard mais ce dernier semblait décidé à tirer cette affaire au clair.
– Explique moi ça et ensuite tu m’expliqueras ce que tu fais dehors à pieds nus dans la neige à deux heures du matin.
– Je… Je suis un elfe du père Noël.
Sam ne réagit pas, à tel point que Gianni se demanda s’il avait entendu ce qu’il venait de lui dire. Plusieurs minutes se passèrent sans que ni l’un ni l’autre n’ajoute quoi que ce soit. Finalement ce fut Sam qui brisa la glace.
– Soit tu me prends vraiment pour un débile, soit je vais avoir besoin d’un peu plus d’explication, soit… tu es complètement fou. Gianni se ressaisi.
– Tu as raison, je te dois plus d’explications. Mais elles vont être dur à avaler.
– Ce ne sera pas la première fois. Vas y.
Gianni réfléchit quelques seconde puis se lança, qu’avait-il à perdre ? Si Sam ne le croyait pas et qu’il le jetait ça ne changerait rien vu qu’il ne pouvait de toute façon pas rester avec lui.
– Je suis un elfe au service du Père Noël. Moi et mes semblables ressemblons aux êtres humains mais n’en sommes pas. Certains, mais ils sont très rare, vivent dans votre monde, ils se mélangent à vous et vivent une existence humaine. Les autres, presque tous, vivent au Pôle Nord et travaillent pour le Père Noël.
Contrairement à l’imagerie populaire nous ne sommes pas de petits êtres aux oreilles pointues et habillés de vert. Nous ne sommes pas non plus exploités par le Père Noël, nous sommes de vrais salariés. Beaucoup travaillent à la conception, l’emballage et l’expédition des cadeaux mais d’autres, dont je fais partie, surveillent les humains. Nous vous classons en gentils et en méchants, histoire de savoir à qui il faut livrer un cadeau chaque année.
Enfin, je dis comme moi mais quand j’ai atterri ici ça ne faisait que huit mois que j’avais intégré l’équipe des surveillants. J’avais quelques milliers de personnes à surveiller et cataloguer. Et… tu en faisais partie.
Gianni toisa Sam pour savoir s’il pouvait continuer ou si ce n’était plus la peine mais son amoureux était toujours là, face à lui, son expression était un peu compliquée à déchiffrer mais Gianni décida de continuer.
– Très vite ton comportement et ton caractère m’ont intrigués. Tu étais celui que j’observais le plus. J’aimais être branché sur ta fréquence parce que j’apprenais des choses sur toi et sur les humains en général. Plus les semaines passaient et plus je m’accrochais à toi si bien que quand je t’ai vu si triste de passer Noël seul j’ai transgressé les règles. J’aurais du te faire transférer un cadeau mais au lieu de ça… j’ai préféré… me transférer moi même. Pour ça j’ai du faire quelques manip dans l’ordi qui gère les transferts et comme cadeau je t’ai officiellement envoyé un bonhomme de neige réalisé par un elfe. C’est, grosso modo, comme ça que j’ai pu atterrir ici. Seulement le choc lor de ma chute, et aussi probablement le fait que je ne sois plus dans ma dimension m’ont fait perdre la mémoire. Parce qu’en fait le Pôle Nord est l’endroit où ma dimension, celle ou les elfes vivent normalement, parce qu’il y en a assez peu sur Terre en fait, 10 à 12 000 en général et presque tous au Pôle Nord. Enfin, le Pôle donc, est l’endroit ou nos deux mondes se chevauchent et où il est possible de passer de l’un à l’autre. Et le Pôle a une atmosphère particulière, un peu comme si mon monde déteignait sur cette partie du tien, c’est ce qui nous permet d’y vivre et d’y travailler, quand on s’en éloigne on devient beaucoup plus faible et ça nous fait parfois tomber malade. C’est différent pour chaque elfe mais il y a toujours un temps d’adaptation.. Normalement nous sommes supérieur aux êtres humains en matière de résistance physique et de capacités mentales mais quand on s’éloigne de notre monde on perd ça et on devient quasiment humain. Comme tu me vois là je serais incapable de gérer plusieurs milliers de dossiers à la fois or c’est une somme de travail tout à fait commune pour un elfe.  
Gianni fit une pause pour regarder son ami, Sam se tenait la tête à deux mains, comment pouvait croire une histoire pareil ?
– Je… J’ai peur de t’avoir perdu, non ?
Il n’y croyais pas, non, comment aurait-il pu en être autrement ? Mais il ne voulait pas non plus croire qu’il était en train de tomber amoureux d’un type complètement barge. Et s’il y avait une seule, infime, petite chance pour que ça soit vrai ? Non, il déraillait, c’était parfaitement impossible…
– En-en admettant que je te crois… Tu te m’as toujours pas expliqué ce que tu fais ici, là maintenant ? Gagner du temps. Voilà. Avant de devoir faire un choix.
– Ah ! Oui… En fait la mission a été effectuée, le bonhomme de neige, tu vois ? Et donc on ne va pas tarder à me rappeler. J’ai fraudé, je vais être puni. Si j’ai de la chance j’aurais juste un blâme. Mais pour être sincère j’ai peur qu’ils ne me renvoient dans ma dimension. Je suis resté absent quinze jours, c’est beaucoup… S’ils font ça et après une telle faute… je ne pourrais plus jamais repasser la frontière, je ne te reverrais plus jamais… Quand ils se sont rendu compte de ce que j’avais fait, au quartier général, ils ont envoyé de la neige, pour que je remplisse la mission, c’était mon signal, je savais que ça arriverait. Je devrais être content d’avoir pu rester quinze jours. Je ne m’attendais pas à autant.
– Okay… Toujours en admettant que je te crois, tu sais depuis quand ? Tu te souviens depuis quand ? Gianni baissa les yeux, ça aussi il savait que ça arriverait.
– J’ai commencé à me rappeler dés le troisième jour. Ça fait une semaine que je me souviens de tout. Sam ricana tristement alors que le jeune elfe, pour peu qu’il en soit bien un, fuyait toujours son regard. Mais même sans me souvenir je savais que tu étais important pour moi, j’avais envie de te faire plaisir, de te voir heureux. Et puis la mission est restée gravée quelque part en moi, c’est pour ça que j’ai parlé du bonhomme de neige quand tu as voulu que je m’en aille.
– Tu… Tu m’as menti.
– Non-
– Si. Tu te rappelles de tout depuis une semaine mais tu continuais à jouer les amnésiques. Tu m’a dis que j’en savais autant sur ta vie que toi même, bordel ! Sam avait crié la fin de sa phrase, il se reprit pour continuer. Toujours en admettant que je te crois et que je ne pense pas à appeler l’hôpital psy le plus proche, ok ?
Gianni baissa à nouveau les yeux qu’il avait enfin osé relever.
– C’est normal que tu ais du mal à me croire. Ce que je te raconte est incroyable. Mais… t’ai-je déjà raconté n’importe quoi depuis qu’on se connait ? Est-ce-que j’ai l’air fou ? Est-ce-que je suis un menteur ?
Sam ricana d’un air triste.
– Si tu dis vrai là maintenant alors oui tu es un menteur. Ça fait une semaine que tu me mens…
– Sam… Gianni chercha ses mots. Si je t’avais raconté ça plus tôt tu ne m’aurais pas cru, comme aujourd’hui.

Sam ravala une soudaine envie de pleurer et se retourna pour ne plus faire face à ce menteur. Gianni, quant à lui, ne bougea pas, tête baissée il comprenait la fureur du garçon et se sentait mal de lui avoir mentit tout ce temps. Car oui, il lui avait mentit mais comment aurait-il pu faire autrement ? Quand il se retourna Sam fit de son mieux pour contenir la rage qui lui bouffait le ventre. Il bouscula Gianni qui fit deux pas en arrière.
– Tu m’as menti ! Tout ce temps tu m’as menti ! Tout était faux alors ?
– Non ! Non, rien n’était faux.. Tout ce que j’ai dis, tout ce que j’ai fait…
– C’était des mensonges…
– Non !
– Comment tu veux que je te crois ?
– Samy…
– M’appelles pas comme ça. Ne m’appelle plus jamais comme ça.
– Sam…
– Gianni ? Il eu un rire de dédain. Mais ce n’est même pas ton nom de toute façon. Tu te rappelle comment tu t’appelles aussi? Gianni hésita, se mordit l’intérieur de la joue et avoua que oui en baissant les yeux.
– Reihna. Mon vrai nom est Reihna. C’est assez courant-
– Dans le monde des elfes, oui, j’ai compris.
– Oui…
Les garçons restèrent un moment silencieux à tantôt se regarder, tantôt éviter tout contact visuel. Quand Gianni rompit enfin le silence Sam mit plusieurs minutes avant de répondre.
– Tu ne m’aimes plus ?
– Je n’ai jamais dit que je t’aimais.
Une boule de chagrin gonfla dans l’estomac de l’elfe de Noël. Il se crispa et, les yeux humides et la voix pas assurée ajouta :
– Moi, je t’aime.
Sam éructa.
– Tu ne peux pas me dire ça comme ça ! Pas maintenant, pas après ton dialogue de fou ! Merde Gianni… Reihna… Ou qui que tu sois !
– Mais c’est vrai. Je t’aimais déjà avant de te rencontrer.
– Merde ! Ta gueule !
Sam se retourna et commença à marcher vers la maison quand un flash lumineux dans son dos le fit se retourner.
C’était un traineau, un foutu traineau tiré par quatre rennes en lévitation juste au dessus de Reihna. Sam n’en croyais pas ses yeux, comment une chose pareil pouvait-elle être entrain de se passer ?
Gianni lança un regard malheureux au possible à son ami, il ne voulait pas le quitter ainsi, il tendit les bras vers lui et, de peur de le perdre Sam s’y jeta.
– C’était vrai, murmura t-il, c’était vrai… Mais comment c’est possible ? Il regarda l’engin stabilisé au dessus de leurs têtes et un souhait naïf se formula dans la sienne. Et si on fuyait ? Ils te retrouveraient ? Est-ce qu’ils pourront te retrouver où qu’on aille ? Gianni ?
Mais celui ci était peu à peu entrain de disparaitre. Il sourit tristement à son amour, lui caressa la joue et articula silencieusement « Je t’aime » avant de disparaitre totalement. Sam se retrouva seul sous le traineau à crier le nom de celui qui lui avait été enlevé.

Un deuxième flash lumineux l’obligea à fermer les yeux et quand il les rouvrit il ne restait dans le ciel qu’une trainée d’étincelles qui se dissipa aussi vite qu’elle n’était apparue.
Sam était désormais seul dans le jardin, les yeux rivés sur l’immensité de l’espace. Dans le cœur un sentiment d’injustice et une peine incommensurable et dans la poche, glissée là par l’elfe avant qu’il ne se fasse enlever, une pierre bleue, une pierre elfique, contenant un message d’amour de la part de celui ci.


Je suis sur que vous allez me haïr pour cette fin pas cool du tout… Mais bon, rien ne vous empêche d’espérer une suite un jour. (Enfin, honnêtement c’est assez peu probable que j’en écrive une, hein, mais on ne sait jamais)

(Bon)homme de pluie - un conte de Noël partie 2

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